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 here comes the rain again (PV Ange)

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MessageSujet: here comes the rain again (PV Ange)   Lun 24 Sep - 19:25












Une petite pince sertie d'émeraudes gisaient sur un rebord de fenêtre qui surplombait la cour. C'était étrange d'ailleurs, car sa propriétaire ne s'en séparait qu'en de rares occasions. Cette dernière s'était posée quelques mètres plus loin, et observait d'un œil attentif la nuit noire par une fenêtre ouverte.
Les immenses colonnades projetaient au clair de lune leur ombre blafarde sur les pavés de pierre. Une lueur étrange les parcourait parfois, faite d'une lumière vive et jaunâtre, elle éclairait le passage précipité d'écuyers pressés de regagner la sécurité de leur paillasse et dont le claquement des pas s'évanouissait très vite dans la nuit. Azel observait leur course effrénée, souriant parfois devant la gaucherie maladive de ces subalternes idiots, aux sommeils bercés de rêves de gloire et de richesse. Puisse leur sommeil rester calme et in-troublé, songea-t-elle en frissonnant.
Elle se tenait debout, les mains nonchalamment appuyée sur un rebord de fenêtre d'un corridor interminable. Les dernières servantes à s'être couchées y avait oublié de fermer les fenêtres. Le vent le parcourait. Violent et agressif, son souffle glacial s'insinuait dans ses vêtements et baladait ses longs cheveux qui venaient fouetter sans vergogne son visage rougie par le froid. Elle contrôlait les frissonnements qui s'emparaient de son corps, sans grande conviction cependant. Sa longue cape écarlate flottait dans son dos, recouvrant la largeur du corridor. Elle observait avec fascination l'ondulation gracieuse du vêtement, semblable à une vague s'écrasant sur le sable. Une mare sanglante, rouge et brillante dans la clarté lunaire.
Puis ses yeux revenaient lentement à la cour silencieuse. L'insomnie l'avait prise de court. Pour la première fois depuis de nombreuses semaines, Azelyne jubilait, et durant la journée ensoleillée qui avait ravi tout Telmar, elle ne s'en était pas cachée. Sa bonne disposition d'esprit avait d'ailleurs surpris tout le monde, tant on était accoutumé à la voir maussade et triste, figée dans cette immuable mélancolie des jours heureux qui furent jadis, siens. Sa félicité avait quelque chose d'effrayant, comme une folie qui traversait son regard émeraude, ainsi que son sourire éclatant. Pourtant, sa bonne humeur n'avait pas de cause particulière. Peut être s'était-elle emplie d'allégresse à la simple idée de ne plus avoir à supporter les constants reproches de sa marâtre ? Elle se voyait depuis des jours séparées par nombre de kilomètres de lady Braunn, et elle savait que demain la crinière enflammée arpenterait de nouveau les couloirs à sa recherche. Aussi Azelyne s'était-elle empressée d'arranger chaque réunion ou conseil avant l'arrivée de lady Braunn. Le lendemain serait tout particulièrement calme et ennuyant, et elle serait suffisamment disponible pour satisfaire l'horripilant personnage.

Elle veillait sur le château endormi. Elle était devenue la sentinelle de ces remparts tant chéris, discrète et solitaire mais dépourvue de tout armement. La fatigue faisait s'abaisser ses paupières et avait depuis bien longtemps engourdi ses muscles et emmêlé sa pensée. Pourtant, elle ne songeait même pas à retourner se coucher. Les draps lui semblaient bien froids et d'un bien piètre intérêt en comparaison de cette vision du château.
Cela faisait des heures qu'elle se tenait là. Le soleil avait lentement décliné à l'horizon, et profilé ses derniers rayons sur Telmar. Le ciel s'était teinté de rose et de bleu, les ombres s'étaient allongées sur la cour et peu à peu cette dernière s'était vidée. Les conversations s'étaient tues une à une, les derniers éclats de rire aussi et ne resta de cette cacophonie pénible que le souvenir d'Azelyne.
Rien ne semblait pouvoir l'atteindre, ou même la déranger. Un sentiment de paix l'habitait tout entière, régissait jusqu'au fil de sa pensée. L'éternité lui était porte ouverte. Elle demeurait là, paisible sans qu'aucun évènement ne vienne troubler sa quiétude. Le vent couvrait tous les autres bruits, la nuit cachait toutes les autres présences. Elle était seule, et espérait seulement pouvoir le rester.
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Ange Darennor Adam
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MessageSujet: Re: here comes the rain again (PV Ange)   Dim 30 Sep - 16:25




La douce lumière de la lune éclairait froidement les pierres du château de Telmar. C'est du moins la première chose que je pouvais voir dans la profonde obscurité de la nuit. J'avais passé plusieurs heures à traverser les terres telmarines, les différentes forêts, seulement dans le but de devoir parler à un certain comte répondant au nom de Bramis, qui régnait sur une petite ville au sud du royaume, peu peuplée. Le roi le suspectait d'être allié aux Calormènes et de comploter contre lui, sans compter le fait que Bramis ne semblait pas vouloir réellement obéir au roi à qui il avait pourtant juré fidélité et obéissance. Je comprenais cet homme, j'avais fait la même chose, mais je n'étais pas dans la même situation. Si ce seigneur n'avait pas prêté allégeance, il aurait fini dans la rue ou décapité. Dans mon cas, j'avais volontairement juré fidélité, sachant que ma liberté s'en trouvait entravée, mais je m'arrangeais pour faire plus ou moins ce que je voulais. J'étais donc parti pour parler - ou plutôt pour menacer ce pauvre homme - et l'affaire semblait plutôt bien arrangée, bien que je ne sois pas totalement sûr du résultat.

Pendant des heures, j'avais marché, j'avais couru, j'avais gambadé à quatre pattes, suivant les étoiles mais surtout les odeurs. Vêtu de noir de la tête aux pieds, personne ne pouvait me voir ; de même que mon pelage était aussi sombre que la nuit, je me fondais n'importe où, et avait pu satisfaire ma partie loup avec un peu de chasse. Et me voilà aux portes de la capitale de Telmar, cette fameuse ville resplendissante. A ce moment, elle paraissait calme et paisible, et pourtant, dieu seul sait à quel point elle était dangereuse en réalité. Bien loin du calme de mon village de naissance ou celui où j'avais vécu en Archenland... Sans parler du fait que j'avais passé près de deux ans à Telmar et que j'avais assisté à assez de choses historiques pour m'en souvenir toute ma vie, notamment la fuite de l'ancian roi Caspian X lorsqu'il était encore Prince, la guerre contre les créatures de Narnia, son couronnement, et bien d'autres choses. C'est avec ces souvenirs qui semblaient appartenir à une autre vie que je pénétrai dans la ville silencieuse.

Malgré le fait que j'ai réussi ma mission et doive en informer le roi, je me doutais que celui-ci devait probablement dormir, ou était à un conseil important avec les autres seigneurs bien loyaux, contrairement à Bramis. Il me faudrait donc rejoindre mes appartements situés dans un aile du château où peu de gens allaient, ce qui ne m'étonnait pas. Je ne faisais partie de la cour, je n'étais qu'un espion, un soldat. Je n'étais pas Telmarin, mais comme le roi, j'étais Archenlandais. Peut-être était-ce la raison pour laquelle il m'avait fait confiance et m'avait engagé, qui sait.
D'un air las, je pénétrai dans le château, les gardes sachant qui j'étais, et me retrouvai dans la cour. Il n'y avait personne, si ce n'était un garde somnolent à l'entrée d'une porte qui conduisait aux appartements des principaux nobles et à la salle du conseil, à l'autre bout de la cour. Je devais aller faire un petit tour par là-bas dans le cas où le roi serait bel et bien éveillé, histoire de ne pas tarder ; ça me donnerait une bonne raison pour réveiller le soldat endormi qui ne remplissait pas correctement son devoir. Alors que je me dirigeai vers cette fameuse porte et vers le garde, un sourire sadique aux lèvres, un mouvement et une touche de couleur me firent remarquer qu'une autre personne se trouvait là, sur les remparts. J'en oubliai tout de suite mes intentions lorsque je la reconnus.

C'est après quelques secondes qu'elle tourna la tête, me regarda et sembla me reconnaître à son tour. Nous nous fixâmes longuement, ses yeux verts dans mes yeux bleus, échangeant silencieusement des pensées. Ma bonne vision accrue par ma nature me permit de distinguer ses expressions et les lueurs qui brillaient au fond de ses yeux. D'une certaine tranquillité et d'un certain bonheur, elle était à présent contrariée et son esprit était bousculé de centaines de pensées. Du moins, c'est ce que je supposais, Azelyne n'était pas un regard dans lequel on pouvait lire comme dans un livre. Il fallait dire aussi que notre relation était loin d'être simple, puisqu'elle m'en voulait, me détestait, me hurlait dessus encore et toujours pour la même raison : la vieille de mon mariage. Et moi...je lui en voulais, je la détestais, je lui hurlais dessus encore et toujours pour la même raison : elle ne savait rien en réalité, comme la plupart des gens. Et elle ne devait pas savoir, elle ne pouvait pas...

Je décidai de finalement détourner les yeux et de m'éloigner de son regard lourd de préjugés pour la laisser tranquille. Il valait mieux ne pas réveiller tout le château avec nos disputes, nous nous faisions assez remarqués... Pire que des gamins, il fallait l'avouer. En passant par la porte du château, je fis tomber le garde et le réveillai par la même occasion. Je partis vite, histoire de ne pas m'attirer d'ennuis, et entrepris de prendre le couloir conduisant aux appartements du roi. Toutefois, à un croisement de couloir, je jetai un coup d'oeil vers le chemin qui menait à l'endroit où se trouvait Azelyne. Malgré le fait que je ne souhaite pas une unième dispute, je voulais lui parler comme avant. Je détestais son comportement, j'avais l'impression qu'elle avait changé, et pourtant, elle me manquait. Après un long moment d'hésitation, je me lançais vers cette direction. Menacer un seigneur ou tuer des ennemis semblait plus facile que de parler à une ancienne amie...
Rapidement, je fus dans le corridor où elle devait probablement se trouver. Je n'étais pas encore habitué aux vastes couloirs du château et aux différentes portes, et n'avait pas l'intention de connaître par cœur le plan. Enfin, j'aperçus une silhouette féminine solitaire, rêveuse, et soupirai. Le bruit de mes pas l'alerta, et elle se retourna vers moi, tandis que je continuai d'avancer vers elle avec prudence.

« Voilà qui n'est pas raisonnable, pour une dame noble. Tu ferais mieux de rentrer dans tes appartements, il serait bien malheureux que tu tombes malade. »

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MessageSujet: Re: here comes the rain again (PV Ange)   Lun 15 Oct - 21:09













« Where'd you go ? I miss you so,
Seems like it's been forever
That you've been gone. »

Non plus sentinelle désormais. Reine, maîtresse des lieux, de ces remparts qui l'avaient vue grandir. Elle parcourait l'horizon trop sombre pour être discerné, postée dans ce couloir où l'intense satisfaction d'être seule et puissante dessinait sur ses lèvres glacées une moue indiscernable, que l'on pouvait presque associer à un demi-sourire.

Lentement, l'émeraude de ses deux billes inexpressives se jetèrent en contrebas, embrassant l'azur sombre qui étendait sa silhouette noire sur les pierres endormies. Il était arrivé de nulle part, le bruit de ses pas avait claqué sur les pavés et aussitôt, leurs prunelles s'étaient croisées, toisées avec une feinte indifférence.
L'impassibilité cuirassa ses fins traits qui, à la clarté lunaire, semblaient taillé dans l'ivoire le plus fin. Elle laissait s'éveiller dans son cœur rancunier, les douleurs vibrantes qui alimentaient toutes leurs conversations. Jamais elle n'avait comprit et jamais il ne lui avouerait, les viles raisons qui l'avait ainsi poussé à commettre l'irréparable. Il n'était plus qu'un paragraphe encastré dans les méandres d'un chapitre qui n'avait pas tardé à se clore... à disparaître vers le déclin du passé. La haine les animait tant et si bien que l'écho de leur animosité se répercutait sans fin, sans cesse, contre les murs, alimentant commérages et ragots de leurs contemporains.
Le manque cependant, elle ne pouvait nier ce manque amer qui laissait comme un trou béant dans sa poitrine. Les souvenirs qui remontaient en travers de sa gorge, flux incessant de rires et d'embrassades amicales, formaient sur son cœur paisible dans son nid ténébreux, les premières ecchymoses bleuâtres de la douleur.

Ils se toisèrent ainsi, perdant tout sens du temps. Ce dernier avalé dans l'embrassade méprisante de leurs prunelles. Puis il se détourna, sa silhouette fut avalée par la nuit et les bruits de ses pas s'étouffèrent avec paresse.
Ses yeux balayèrent de nouveau les environs, s'arrêtèrent sur un garde qui ronflaient en contrebas. Il était désolant de voir à quel point les patrouilleurs de Telmar n'était en ce jour qu'une bande de loqueteux fatigués et paresseux, aux corps graissés par le manque d'entraînement. Ils étaient peu soucieux de la sécurité de leurs pairs, juste du sort de leur marmaille braillarde et de leurs épouses.
Elle lui jeta un dernier regard dédaigneux et coléreux avant de ramasser sa pince sertie qui trônait sur le rebord de fenêtre. Elle noua avec grâce sa chevelure gorgée de soleil formant au dessus de son crâne une boule désordonnée, d'où s'échappait des mèches tantôt bouclées tantôt lisses.

Les pas s'éveillèrent à l'autre bout du corridor étroit. La démarche était reconnaissable, puissante et masculine, mais néanmoins gracieuse et précise. Son visage pivota aussitôt lorsque que celui d'Ange apparaissait par à-coup tandis qu'il passait devant les multiples fenêtres. Il avançait prudemment le fauve, le loup, même si Azelyne percevait cette prudence comme une assurance nouvelle et désinvolte.
Sa voix s'éleva de son timbre grave, sur un ton qui se voulait repentant. Elle n'eut aucun sourire, se contentant de le toiser froidement mais répondit néanmoins après une courte hésitation.
« Le froid est la peur des traîtres ou des couards, » siffla-t-elle dédaigneusement. Elle marqua un temps, désireuse de répondre de manière cinglante. Ils n'avaient à l'accoutumée aucune pitié l'un pour l'autre. Tant de mots vicieux sortaient de leurs bouches, tant de gamineries s'échappaient de leur gorge sans qu'ils puissent y faire quelque chose. Elle attendait, perdant espoir à chaque nouvelle altercation, qu'il s'ouvre et lui dévoile son secret. Mais tout comme elle, la fierté se lisait dans ses yeux bleus.
« Une de vos filles de joie acceptera peut-être de se faire engrosser pour vous réchauffer, messire. » Elle sut qu'elle était allée trop loin. Encore et toujours, elle n'avait de cesse de remettre sur le tapis l'infidélité passagère d'Ange qu'elle n'avait put pardonner.
Elle plongea ses prunelles dans les siennes, bien décider à obtenir une fois pour toute ce qu'elle avait toujours désiré savoir.

[Retard de ouf + qualité vraiment pas terrible ; j'espère que tu me pardonnes xD Encore désolée et ne te presse pas pour répondre Smile Bisous Heart ]
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Ange Darennor Adam
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MessageSujet: Re: here comes the rain again (PV Ange)   Mer 31 Oct - 23:17

Ces yeux, froids, distants, perçants, voulaient me faire mal et me rendre coupable. Azelyne me lançait le même regard habituel, bien qu'il semblait devenir plus sombre à chaque rencontre. Sa réponse cinglante me fit ironiquement sourire. La partie allait recommencer... De nouvelles paroles plus blessantes les unes que les autres et pourtant si stupides voleraient, réveillant les gardes et nous empêchant d'aller plus loin. Et le jeu reprendrait, quelques jours, quelques semaines plus tard, sans lassitude, toujours plus fort. C'était triste, mais c'était comme ça. Malgré la dangerosité de la dispute à venir, je continuai d'avancer, jusqu'à être à côté de la jeune Telmarine. Je ne quittai pas celle-ci des yeux, et elle fut pourtant la première à briser ce contact par une nouvelle phrase furieuse. Ma main partit, claquant aussi fort qu'un fouet sur sa joue délicate et blanche.

Je détestais avoir ce réflexe là, tomber aussi bas que les hommes ivrognes du bas peuple. Je regrettais déjà ce geste, sachant qu'Azelyne ne me le pardonnerait pas. Et pourtant, cette gifle avait le mérite de me libérer de toute la colère accumulée ces derniers temps, notamment avec elle. De plus, Azelyne était allée trop loin, elle le savait parfaitement. Je tolérais nos disputes, aussi violentes et insultantes qu'elle soit, mais je ne supporterais pas une nouvelle phrase de ce genre. Et j'étais loin d'en avoir terminé... Je forçai Azelyne à me regarder droit dans les yeux, et après quelques instants de silence et d'hésitation, dans lesquels je lui avais communiqué toute ma haine, je repris la parole :

« Ne t'ai pas déjà dit de te mêler de tes affaires ? »

Je sentis alors la colère m'envahir. Non, je n'avais pas libéré toute ma haine, je n'avais fait que l'entretenir pour la faire exploser au bon moment... Ma vision commença à devenir floue, irrégulière. Je reculai d'un pas, en proie à une douleur incomparable au niveau de mon dos et de mes membres. N'écoutant pas les protestations d'Azelyne, je posai une main sur le mur du corridor, et me mis en face d'une fenêtre ouverte. Le loup en moi tentait de sortir, pour exprimer cette colère, cette rancune, une bonne fois pour toute. Mais je ne devais pas, je ne pouvais pas ! Essayant de ne pas me laisser contrôler par les pulsions ressenties dans tout mon corps, je tentai de respirer calmement, en fixant vaguement la forêt au loin, me concentrant uniquement sur l'idée du contrôle. Mais je sentais aussi la colère d'Azelyne et entendais ce qu'elle me criait.

« Recule... » dis-je faiblement. Elle ne s'arrêta pas. « Recule, te dis-je ! » criait cette fois en me tournant vers elle.

Elle recula, l'air choqué. Et il y avait de quoi : j'étais parfaitement conscient que mes yeux avaient alors pris une teinte dorée, et mes pupilles étaient aussi dilatées que celle d'un chat sauvage. De même, ma voix était plus grave, plus rauque et plus puissante, et j'étais prêt à parier que quelques dents s'étaient transformés en crocs pointus et longs. Je fixai cet air d'incompréhension et de peur passagère chez Azelyne, me concentrant sur ses doux yeux, sur sa peau fine et délicate, pour me convaincre et me persuader que je ne devais pas me transformer. Pas maintenant. Après un long moment - je ne pus dire combien de temps -, mes yeux reprirent leur couleur et leur taille normales. Je m'écartai d'Azelyne, n'osant plus la regarder. Toute colère était évanouie, et si la jeune Telmarine cherchait à reprendre la dispute, il ne me restait plus qu'à partir et à la laisser gagner. Mais je ne pourrai pas lui expliquer ce qu'il venait de se passer...

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MessageSujet: Re: here comes the rain again (PV Ange)   Ven 2 Nov - 0:00












L'air se scinda, l'atmosphère inerte qui les entourait s'anima l'espace d'une seconde. Morsure cuisante, morsure frustrante qui ne faisait qu'attiser la colère qui déjà l'étreignait puissamment et dessinait sur ses joues des traînées rouges qui juraient avec la blancheur de son teint.
Elle demeura ainsi quelques secondes. Trop abasourdie pour parler, trop sonnée pour oser le regarder dans les yeux. Elle ne faisait que fixer aveuglément l'horizon à travers l'amas de filaments dorés qui recouvrait ses yeux. Sa pince était partie s'écraser sur le sol de pierre, et ses cheveux ainsi libérés ondulaient derrière elle, calquant sur celle du vent une danse effrénée.
Lentement, elle tourna son visage vers lui, plongeant ses prunelles emplies de larmes rageuses, ignominieusement arrachées, dans l'azur de ses yeux à lui. Elle le toisa, prête à laisser éclater la rancœur accumulée chaque fois qu'ils se croisaient. Mais elle n'en fit rien. Elle se contenta de déglutir, de serrer de toute ses forces les dents et les poings.
Quelques secondes s'écoulèrent qui lui parurent interminables. Jusqu'à ce que la voix rauque de l'ange déchu ne brise de nouveau le silence. Ses paroles lui arrachèrent un sourire moqueur, aussi beau que cruel. Méprisant. Toute douleur s'était soudainement évanouie derrière ce masque impénétrable qui habitait ses traits.

Elle l'observa souriant toujours. Mais le doute, la peur l'étreignirent brutalement. Il lui arrivait parfois de la gifler, mais c'était lorsque son haleine se trouvait avinée par des heures d'errance dans les tavernes de la ville. Jamais sobre, comme il l'était à ce moment précis. Peut-être était-il capable de pire si elle ne tenait pas sa langue ?
« Sinon quoi ? Tu comptes me faire taire ? » se récria-t-elle avec colère. « Tu n'en as même pas la trempe. Pas même le courage. » fit-elle en s'approchant davantage. « Tu aurais tôt fait de demander asile à une de tes maisons closes. » acheva-t-elle avec mépris.

Azelyne se séparait délicieusement de sa carapace de froide noblesse et de courtoisie hypocrite. Elle redevenait cette jeune fille de la plèbe, honnête et franche qu'elle rêvait de redevenir. Ange était devenu, avec le temps, l'unique échappatoire de sa prison dorée. Il faisait tomber ce décor factice, brisait l'étau invisible de cette vie morne et terne.
Alors elle crachait ses mots, encore et encore, désireuse d'une réponse, brûlant d'une répartie. Elle lui reprochait encore et toujours la même chose, dans le fol espoir d'attirer son attention. Mais il se contentait de rester là, béatement abîmé dans l'embrassade haineuse de leurs prunelles. Sa poitrine se soulevait par saccade, toujours plus soutenues, et l'azur caverneux de ses yeux s'emplissait lentement d'une folle lueur.
Son venin s'étouffa dans sa bouche. Elle se figea. Son corps se statufia tel le marbre. Et elle contempla silencieusement le terrifiant spectacle qui s'édifiait sous ses yeux.
Ange suffoquait. Il gémissait sous ses yeux d'une incompréhensible douleur. Et elle demeurait là, impuissante. « J'en ai assez. Cesse donc ta comédie. Pas besoin de feindre la douleur si tu désires prendre congé. Je t'en prie. » s'écria-t-elle d'une voix tremblotante même si elle tentait de la maîtriser à tout prix. Il venait de s'affaler contre le mur, portant à la surface lisse une main qui frémissait avec violence. L'exaspération s'insinuait lentement. Jouait-il une sorte de comédie de mauvais goût ? Rirait-il de sa naïveté après coup ? « Ange ? Pardon, Darennor ? » continua-t-elle d'un ton qu'elle désirait moqueur.
Elle s'approcha de lui posant une main ferme et décidée sur son épaule secouée de violents soubresauts. Il la regarderait, elle le forcerait à la regarder.
Aussitôt, il la repoussa, la forçant à reculer de quelques pas. Une voix bestiale s'éleva de sa gorge. Méconnaissable, effrayante. Elle était habituée à son timbre caverneux, mais cette voix était différente. Comme sortie d'un songe, d'abysses sombres et insondables, d'une caverne où se mêlent Désespoir, Haine et Peur.
« Ange ! Ange ! Regarde moi ! » reprit-elle dans un cri en s'approchant de nouveau. Mais il n'était plus Ange, il était devenu quelqu'un d'autre. Quelque chose d'autre. Elle le lut dans ses yeux lorsqu'enfin il se tourna vers elle.
Une fente dorée y occupait l'espace auparavant bleu ciel. Il la regardait avec une expression indiscernable sur son visage qui lentement se transformait. Sa bouche entre-ouverte dans une moue de souffrance abritait non plus des dents, mais des crocs qui grandissaient à vue d'œil.

Elle s'était considérablement, peut-être imprudemment, approchée de lui. Elle tenait dans sa main serré avec force son bras tremblant, murmurant avec tristesse et peur des paroles de réconfort, ou de pathétiques excuses. Puis il se dégagea de nouveau. Il plongea ses nouvelles pupilles dans l'émeraude des siennes. Il parcourut son visage encore et encore, comme s'il souhaitait y imprimer la trace dans son esprit.
Lentement, imperceptiblement, les soubresauts se calmèrent. Le bleu reprit sa place, se substituant au jaunâtre inquiétant. Les crocs redevinrent dents. L'Ange de toujours fut bientôt devant elle. Combien de temps mit-il à ainsi se métamorphoser ? Azelyne n'aurait sut le dire, tant sa léthargie demeurait profonde.
Était-il un monstre ? Une improbable et terrifiante créature, envoyée ici sous cette enveloppe charnelle ? Se bousculaient dans sa tête maintes questions, maintes conclusions qui martelaient son crâne de leurs collisions incessantes. Il parlerait, il devait lui expliquer car elle avait le droit de savoir.
Elle s'approcha de lui et de son regard fuyant. « Expliques moi, je t'en supplie. »
Cette chose qu'il était avait très certainement un rapport avec la veille de ses noces. Azelyne s'en persuada secrètement, attendant sa réponse. Elle s'approcha, parvenant rapidement à sa hauteur dans le vain espoir de capturer son regard. Mais il l'évitait soigneusement.
Maintenant que la colère l'avait désertée, Azelyne posa une main compatissante sur l'épaule d'Ange. « Je t'en prie. Nous étions amis autrefois. » acheva-t-elle avec douleur.
Car malgré toutes leurs disputes, malgré cette haine qu'elle n'avait de cesse d'entretenir, leur vieille amitié lui manquait.


[Bon désolée, c'est un peu tout caca u_u Ta réponse était vraiment extra, j'espère que la mienne sera à la hauteur Ne te presse pas pour répondre Wink & je sais la chanson n'a probablement rien à voir, mais je l'écoutais en écrivant xD]
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Ange Darennor Adam
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MessageSujet: Re: here comes the rain again (PV Ange)   Ven 2 Nov - 12:40

Si ces yeux verts si brillants, pareils à des émeraudes, avaient réussi par je ne sais quel miracle à me calmer, à m'empêcher de me transformer en monstre incontrôlable et sanguinaire, je les évitais soigneusement à présent. Que faisais-je encore ici ? Je devais partir avant qu'Azelyne ne me demande quoi que ce soit. Je ne pouvais pas affronter ça avec quelqu'un, surtout pas avec elle. Comment pourrait-on effacer des semaines, des mois, des années de rancune et de colère en un seul instant ? Une explication ne réglerait pas nos conflits.
Plus je réfléchissais, moins j'agissais, et plus un mal de tête insupportable prenait possession de ma conscience, comme si un marteau tapait avec force dessus, à un rythme régulier. Je sentais chaque battement de mon cœur, bien trop rapide, et j'étais figé sur place. Je ne voyais pas le mur en face de moi, mais seulement un flou indescriptible.

Évidemment, je pus entendre clairement la douce voix d'Azelyne, presque suppliante. Devais-je vraiment lui expliquer ? Comprendrait-elle ? Est-ce qu'elle me rejetterait, ou me prendrait-elle en pitié comme la plupart des gens au courant de ma "situation" ? J'étais venu à Telmar pour laisser toute cette compassion derrière et tenter d'accepter ce que j'étais, et en cette nuit, je redevenais celui que j'étais auparavant... Un faible, un lâche, un peureux. La jeune femme aux cheveux dorés reprit la parole, plus proche cette fois, une main sur mon épaule. Amis... Comme elle le disait, ceci faisait aussi partie du passé. Mais combien de temps pourrais-je tenir sans parler à personne, sans être proche de quelqu'un, sans avoir d'humanité ? Toutes ces questions se bousculaient dans mon esprit, cherchant une réponse, et se contredisant toutes. Mes yeux se tournèrent vers le délicat visage d'Azelyne, croisant son regard suppliant, compatissant et curieux.

« Pas ici... »

Il ne lui fallut pas longtemps pour comprendre. Bien que nous étions au moitié de la nuit, je ne souhaitais pas que le château tout entier soit au courant parce qu'un idiot aurait répandu la rumeur. Non... Le roi m'avait spécifié que je devais garder mon identité, ma réelle identité, secrète. Si j'avais déjà vécu à Telmar et avais aimé une jeune femme reconnue dans le château et dans la ville, peu de gens se rappelaient de moi aujourd'hui, excepté les rares amis et connaissances que j'avais pu avoir. De toute manière, jamais je ne me promenais dans les couloirs la journée ; je ne partais que de nuit, discret, inconnu, seul.
Bien que me sentant coupable et énervé à la fois, je saisis doucement la main d'Azelyne, en guise de confirmation que je lui dirai tout, que je lui faisais confiance. Elle me guida jusqu'à ses appartements, dans une pièce où personne ne nous entendrait, personne ne nous verrait.

Les couloirs m'avaient semblé froids, durs, sombres, dirigeant vers un danger. Les appartements de la jeune noble paraissaient accueillants et chaleureux en comparaison. Une fenêtre donnait un éclat bleuté à l'ensemble, et un grand chancelier, dans un coin, se chargeait d'éclairer et de rendre un peu plus de chaleur à l'ensemble. La pièce n'était que silence, perturbé seulement par notre entrée en ces lieux. Debout au milieu, je ne bougeai pas pendant un long moment, les yeux fermés, profitant de ce vide sans bruits, cherchant à me ressourcer. Je tentai d'apaiser toutes mes questions, pour les réduire à néant, et pouvoir être le plus calme possible. Enfin, j'ouvris les paupières, pouvant alors observer la silhouette d'Azelyne en face de moi, me regardant anxieusement.

« Ce que tu viens de voir, ou que tu as plutôt aperçu...se transmet dans ma famille depuis des générations. » Je m'arrêtai un instant, après cette brutale et inattendue prise de parole. J'hésitai : devais-je tout raconter ? « Dans certains livres et certaines légendes, il est fait mention de ce phénomène. Les hommes m'appelleraient "lycanthrope", ou plus communément "loup-garou". » Ce mot-là disait quelque chose à Azelyne, je le perçus dans ses yeux et sur son visage. Après un nouveau temps d'arrêt, je repris. « Ma première transformation a eu lieu il y a plusieurs années, avant que je ne te connaisse. A cette époque, comme tu le sais, j'avais besoin de connaître le monde, mais aussi de vivre ma vie comme une personne normale, sans me soucier de ma...nature. Pendant près de deux ans, je ne me suis pas transformé. »

Et la suite délicate arrivait. J'étais obligé d'en parler, car Azelyne n'attendait que ça. Nos disputes avaient commencé à cause de ce qui était arrivé la veille de mon mariage avec Rosalie. Même des rumeurs étaient parvenues à Telmar... Depuis, elle me prenait pour un alcoolique infidèle, irrespectueux, sans honneur, et j'en passe, sans connaître la vérité. Mais je le savais, elle avait toujours l'espoir qu'il y ait une explication derrière ce comportement qui avait gâché ma vie. « Pour répondre à la question que tu te poses depuis toujours, oui, il s'est passé quelque chose la veille de mon mariage. Mais ça n'excuse pas mon attitude, loin de là. » A ce stade, j'aurais tant aimé une bonne bouteille d'alcool fort ! Et pourtant, je savais que ce n'était pas raisonnable dans mon état, et en présence d'Azelyne. Lors de soirées où l'ivresse me possédait, j'avais fait tant de choses que je regrettais...

« Pour faire court, j'ai été obligé de me transformer, mais j'ai perdu le contrôle après tant de temps sans entrainement. J'ai laissé derrière moi un cadavre, et j'ai mis plusieurs jours à retrouver mon chemin. Je ne peux pas t'expliquer la suite, moi-même je ne comprends pas. » terminai-je avec un ton froid et cassant. Je me détournai, décidé à ne pas en dire plus. Il n'y avait aucun besoin de préciser que le cadavre était celui d'une fillette, que j'avais été blessé et affamé, dans un état second, et qu'aller dans une taverne puis dans la maison close à côté avait été la pire erreur de ma vie. Il n'était pas nécessaire qu'Azelyne me prenne en pitié et en compassion, alors qu'il n'y avait rien à faire pour changer tout ça. Je m'écartai un peu, de nouveau décidé à ne plus croiser le regard de la jeune Telmarine, par honte, par culpabilité. « Tu n'as pas besoin d'en savoir plus. » ajoutai-je d'une voix faible et peu convaincante, avant de la laisser méditer sur toutes ces informations dures à croire.

[Voilà, une réponse déjà mieux que la précédente. Mais tu rigoles, ton post était génial Heart J'espère que le mien t'ira Wink]

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MessageSujet: Re: here comes the rain again (PV Ange)   Sam 3 Nov - 19:32












Jamais l'assemblement complexe de corridors ne lui avait paru plus sombre, plus hostile, plus inconnu que ce soir-là. Les couloirs se succédaient, labyrinthe inquiétant qui semblait refermer sur eux ses hautes haies de pierres, tandis que leurs mains jointes, glacées par le vent les arpentaient précipitamment après qu'elle eut récupérer sa pince qui gisait contre la pierre.
La porte de chêne de ses appartements embrassa leur champ de vision, et Azelyne s'empressa fébrilement d'en glisser la clef dans la serrure, et de s'effacer derrière le battant pour laisser passer Ange.

Malveillants. C'est ainsi que lui apparurent ses riches appartements lorsque leur entrée y brisa la sinistre tranquillité qui avait infesté les lieux. Maladie bleutée qui s'échappait d'une des fenêtres et découpait sur le sol boisé l'ombre du mobilier obsolète. Une lueur jaunâtre s'élevait plus loin. Chandelier dont la bougie s'usait peu à peu, tout comme s'usait son courage et sa force. La cire gouttait lentement sur le sol comme les larmes manquaient de goutter sur ses joues. Mais elle les retenait, usant de ses dernières ressources.
Ils se faisaient face, silencieusement, elle fixant avec espoir les yeux fermés d'Ange. Les minutes s'écoulèrent, et avec elles grandirent, ombres insidieuses, appréhension et méfiance. Elles s'entremêlaient telles de vivaces plantes grimpantes que l'on ne peut chasser ou même tuer. Derrière ces paupières closes, quelle histoire était-il en train d'inventer ? n'avait-elle de cesse de se demander. Allait-il être sincère ? ou se réfugier derrière un sempiternel mensonge pour ensuite rire de sa naïveté ? Mais se réveillait alors le souvenir de sa main dans la sienne et l'éclat de la confiance rayonnait faiblement de nouveau dans son regard.
« Ange ? » commença-t-elle en avançant timidement un pas dans sa direction. Puis le ciel pâle de ses yeux troua subitement l'obscurité, brillant d'une timide lueur où l'hésitation était palpable.

Azelyne se contenta d'écouter, de démêler en vain le sens qu'édifiaient ses propos. Mais plus Ange débitait son histoire, plus l'assemblement de mots lui paraissait décousu, illogique. Alors elle écoutait sourdement, haussant parfois un sourcil de stupeur qu'elle tentait en vain de dissimuler. Elle observa le mouvement de ses lèvres, qui achevèrent leur récit avec une froideur insolente. Puis il osa se détourner de ses yeux qui s'étaient rétrécis, inquisiteurs. Elle ne pouvait l'accuser de mentir. La façon qu'il avait eut de se tordre ainsi de douleur, de succomber à ces spasmes insupportables qui avaient modifié jusqu'à la couleur de ses yeux... autant de preuve qui rendaient irréfutables son récit pourtant invraisemblable.
Elle avait toujours pensé que cette obstination stupide était vaine. Que ce besoin de connaître la vérité resterait inassouvi à tout jamais, qu'ils emporteraient leur rancœur et leurs secrets dans la tombe. Mais l'aveu était là. L'ultime, l'ignoble confession s'était envolée de ses lèvres, avait jailli à toute vitesse de l'ombre pour la frapper. Plus violemment encore que son conteur.
Pourtant, réfugiée lâchement dans l'obscurité de la pièce, Azelyne ne ressentait rien, la sourde accusation s'étant envolée lorsqu'elle avait parlé. Pas de la pitié, ni même de la colère, ou encore de la tristesse. Juste le vide qui s'imposait, néant vertigineux, au creux de sa poitrine. Elle le rejoignit, parvint à sa hauteur et posa une main sur son épaule. Une main inexpressive, qui ne se voulait ni agressive ni compréhensive. « Ce qui est fait est fait. » décréta-t-elle avec sincérité. « Mais enfin Ange, nous étions là. J'étais là. » finit-elle par murmurer.
Elle n'avait pas délibérément haussé le ton. La colère emplissait peu à peu le vide qui s'était formé. Elle se détourna. Sa main glissa le long de l'épaule carrée d'Ange pour aller battre contre son flanc. L'indignation peut être ? d'avoir été remisée au placard, à la fonction inutile de témoin de sa débauche. La frustration de ne pas s'être vue accorder sa confiance. « Pas besoin ? Pas besoin ? Pourquoi crois-tu que l'on se bat ainsi depuis une éternité ? »

Elle croisa les bras sur sa poitrine, comme pour se protéger d'un froid soudain. Un courant d'air invisible, silencieux, qui la traversait de part en part. Elle voyait Ange méconnaissable, masse difforme de poils sombres et drus, où s'était coagulée l'hémoglobine qu'il avait arrachée de ses crocs. Un corps gisait à ses pieds griffus, au teint pâle et laiteux, où là encore le sang avait poissé ses longs cheveux qu'elle imaginait roux. Elle reconnut ce visage sévère, que la peur illuminait d'une étrange lueur. Lady Braunn.
Azelyne fit encore quelque pas, cligna à plusieurs reprises ses paupières fatiguées. Mais la vision de sa marâtre ainsi égorgée la hantait. Dans un éclair de lucidité bienvenue, elle s'immobilisa. Cette nuit sanglante n'avait pas fait qu'une victime. Peut être un corps gisait-il au fond d'une tombe, mais l'âme du tendre fiancé, de l'ami fidèle, s'était elle aussi envolée. Un deuil qu'elle n'avait su faire, trop noyée dans sa frustrante ignorance. Elle se figurait désormais deux tombes côte à côte. Et elle espéra secrètement pouvoir un jour de nouveau contempler les yeux rieurs de son ancien ami.
« J'espère que tu es heureux Ange, je l'espère sincèrement. » dit-elle simplement. « Enfin Darennor. » acheva-t-elle en planta de nouveau son regard dans le sien.
Elle se fit ni accusatrice, ni compatissante. Juste froide, attendant soigneusement sa réponse sans grande appréhension. Elle se trouvait lasse de crier, de l'injurier même si elle avait toujours apprécié avec satisfaction le sentiment libérateur qu'avaient leurs conversations.


[OMG Ta signaaaaaa Smack & ton vava Smack & désolée du retard :/ ]
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MessageSujet: Re: here comes the rain again (PV Ange)   Sam 17 Nov - 13:15

Libérateur. Dur. Froid. Je ne savais pas ce que je ressentais après avoir raconté tout ça. Si j'avais pensé d'abord que dire la vérité, enfin, allait tout arranger, j'avais simplement été idiot. Rien ne pourrait être comme avant, rien. Comment notre amitié pouvait être reprendre après toutes nos disputes, après tant de rancœur et de mal ? Le lourd silence et le regard d'Azelyne que je sentais pesant me renseignaient bien sur ce qu'elle pensait. Peut-être ne me croyait-elle pas, ou ne comprenait pas, ou pire. Lorsqu'elle s'approcha, silencieuse et inexpressive, une main posée lâchement sur mon épaule, je posai mes yeux sur son visage. Normalement, j'aurais cherché une excuse, je me serais enfoncé dans cette vague qu'infernale de sentiments et de dépression. Et pourtant, ce quelque chose qui clochait dans les yeux d'Azelyne me disait que je ne devais pas tomber dedans.

Elle finit enfin par parler, par réagir concrètement. Derrière ses mots, je sentis la colère, la frustration, l'incompréhension. Nos disputes étaient loin d'être terminées ; j'avais été naïf de prétendre pendant un court instant que tout irait mieux. Je choisis de ne pas répondre à sa provocation. Que faire ? Continuer, la convaincre, rester avec elle, me disputer jusqu'à la fin de la nuit ? Ou tout simplement partir, oublier cette brève confidence, et plus généralement ne plus jamais la voir ? Cette nuit n'avait été qu'une exception. En effet, je ne sortais que de nuit, et très peu étaient au courant de ma seule existence dans ce château froid et dur. Jamais plus je ne pourrais voir Azelyne, cette noble que beaucoup admiraient tout en la traitant avec lâcheté de bâtarde, qui avait bien plus de choses à faire en pleine journée, et non durant la nuit sombre et dangereuse. C'est alors qu'elle parla à nouveau, d'un ton insolent et m'incitant cette fois à répondre.

« Pour qui te prends-tu ? » demandai-je, avec un grand sourire ironique. Il n'était pas dur de comprendre qu'elle voyait le changement. En effet, les gens de Telmar me connaissaient par un autre prénom, Darennor. Ceci marquait le changement et la rupture entre mon ancienne vie en Archenland, et ma nouvelle vie ici. Je n'étais plus un petit paysan solitaire, ayant gâché sa vie et celle de son ancienne fiancée ; j'étais un espion, un conseiller, et parfois un tueur. J'avais cherché à ne plus rejeter ma nature afin de vivre et de ne pas sombrer lentement et douloureusement vers la mort. « Et moi qui pensais que la noblesse ne te monterait pas à la tête, j'ai été bien naïf. » Je me tournai, presque prêt à partir, à quitter cette salle qui ne m'inspirait que dégoût à présent. La haine me reprenait, et des mots amers cherchaient à tout prix à sortir, à être déversés, à faire du mal.

« C'est drôle, il y a encore quelques années, notre place était dans la rue, dans la campagne, loin de toute cette agitation et de ces complots. Il semblerait aujourd'hui que nous avons une part dans ce que nous critiquions avec mépris autrefois. » Ironique comme situation, en effet. Lorsque j'avais connu Azelyne, elle était fille de palefrenier, et j'étais alors le simple amant de la nièce du roi Miraz. Aujourd'hui, la blonde sulfureuse occupait un poste de noble, chose qui n'arrivait pas à tout le monde, et j'étais espion au compte du roi Edwin. Nos anciennes vies étaient bien loin derrière nous, et il nous était impossible d'y revenir. « Maintenant, évite-moi les sermons sur celui que je suis devenu, et regarde toi en face. Toutes nos disputes n'étaient pas de ma faute. »

L'ambiance était devenue encore plus froide qu'auparavant. Les appartements de la jeune noble ne m'apparaissaient plus accueillants, bien au contraire. La faible lumière bleutée de la lune me rappelait le problème au cœur de nos disputes, au cœur de notre conversation, et tout simplement au cœur de ma vie. Et pourtant, cette nouvelle vie à Telmar était bénéfique pour moi car elle m'aidait à devenir ami avec le loup en moi, à m'approcher lentement mais sûrement de cette présence forte et animale, qui faisait partie de moi et que j'avais longtemps rejeté jusqu'à ne plus rien contrôler. Aujourd'hui, je savais quoi faire, et comment faire. Le moment présent servait à le prouver : en temps normal, dans une telle colère qui touchait profondément mes sentiments, je ne serai déjà plus sous ma forme humaine, bien qu'Azelyne ait pu en apercevoir une petite partie inoffensive.

« Mais laisse-moi te poser une question, avant que je ne parte. Pourquoi n'as-tu pas abandonné ? Tout ce temps à me reprocher toutes ces choses, sans queue ni tête, me poussant à te traiter comme une moins que rien et à te frapper... A quoi cela a-t-il servi ? » J'en étais finalement arrivé à cette conclusion. Désespéré mais froid, mon regard ne fuyait plus celui d'Azelyne. Par ces paroles, je mettais le point sur le véritable problème. J'avais tout fait pour échapper à la Telmarine, à cette ancienne amie qui me faisait - et se faisait - tant de mal à chaque nouvelle rencontre, mais jamais nos querelles ne se finiraient. A présent, j'attendais simplement une réponse. Je n'espérais pas grand chose, mais je savais ce que je ferai : je continuerai mon chemin, et plus jamais je ne m'approcherai d'elle. Ma tentative de discussion avec elle s'était soldé par un échec cuisant.

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MessageSujet: Re: here comes the rain again (PV Ange)   Sam 22 Déc - 12:39












Ce fut comme un courant d'air glacé, violent et destructeur. Pourtant, chaque fenêtre avait été soigneusement fermée, retenant les bourrasques à l'extérieur et les enfermant dans un mutisme impénétrable. Au-dessus de leurs têtes semblaient s'être formés d'épais nuages noirs, qui menaçaient d'éclater en un violente pluie de colère. Pourtant, dans sa détermination farouche à ne laisser transparaître aucune émotion, Azelyne resta stoïque et ferme devant lui. Elle conserva faiblement le masque impassible qu'elle avait tant tenté de garder, mais ses traits s'étaient crispés dans une moue disgracieuse, et son teint rosi de froid avait légèrement pâli. Le flot de parole l'empoisonnait, lui donnait la nausée. Il avait tord, il ne pouvait qu'avoir tord. Mais tandis que dans son crâne s'entrechoquait fébrilement les évènements, elle se rendait compte qu'il y avait une part de vérité.
Il ne pouvait qu'avoir tord, se répéta-t-elle inlassablement.
Dans un geste presque machinal cependant, comme si son bras ne répondait plus à sa conscience, son bras s'éleva dans l'ombre étouffante et le coup partit de lui-même, de toute la violence et de toute la force dont elle était capable. Elle frappa de point fouet la joue d'Ange, et le geste mourut dans le noir tandis qu'une douleur naissait au creux de sa paume. Une brûlure de satisfaction, qui crispa néanmoins son visage. Elle eut à peine la force de murmurer une faible excuse qui se perdit dans sa gorge. L'erreur était trop grande, engendrerait peut être quelque chose de terrible. Elle n'en prit conscience qu'à ce moment là, et regarda Ange avec une appréhension naissante. Puis revint en elle, tel un cheval furieux, le souvenir cuisant de son insulte. « Comment oses-tu ? » parvint-elle enfin à articuler d'une voix haletante, lorsqu'elle eut perdu tout espoir de formuler une pathétique excuse qui n'aurait fait qu'attiser la colère d'Ange. « Je ne suis pas mon père ! et encore moins comme toi. » trancha-t-elle avec virulence. « Je n'ai pas oublié d'où je viens contrairement à toi ! Je n'ai pas oublié l'homme et la femme qui m'ont élevée et choyée ! Tandis que toi, tu as eu tôt fait d'oublier Rosalie ! comme tu nous as tous oubliés ! Et désormais, qu'as-tu ? si ce n'est tes maisons de plaisir délabrées sur le bord des routes ? Réfléchis bien Ange. Ce n'est pas moi qui me pavane à la cour en me vantant de ma condition d'homme impénétrable. » acheva-t-elle. Son ton avait monté malgré elle, ses mots étaient sortis d'eux-mêmes de sa bouche. Ils étaient gonflés d'honnêteté songea-t-elle sans pour autant que la peur de voir apparaître un loup-garou sous ses yeux ne la quitte. « Toi réfléchis bien, personne n'a encore manifesté le moindre intérêt à te rayer de la carte... » ajouta-t-elle tristement en se détournant.

Auparavant, déverser ainsi sa colère sur Ange lui faisait éprouver une agréable sensation de soulagement, comme si un poids au creux de sa poitrine s'envolait. Mais à ce moment précis, une boule s'était comme lovée au creux de se ventre, et ne semblait pas vouloir se déloger. Toujours aux côtés d'Ange, son regard parvint à une fenêtre et s'abîma dans la contemplation de l'extérieur. Les carreaux se trouvaient être obstrués par la crasse, mais ses préoccupations actuelles effacèrent son habituel empressement à vouloir les nettoyer. La Lune la fit se désintéresser totalement de tout ce qui l'entourait. Elle absorbait chaque parcelle d'elle-même, l'astre qui causait tant de soucis... La Lune, centre de tous les problèmes, pensa-t-elle amèrement en balayant l'extérieur des yeux.
Elle se décida finalement à répondre à son ultime question. Nier n'y avoir jamais pensé serait mentir. Elle se tourna de nouveau vers lui, abandonnant la boule brillante et silencieuse qui projetait ses douces lueurs fantomatiques. « Ne sois pas idiot, toi qui prétends tant me connaître... Ce n'était pas par curiosité, ni pour répandre de vils commérages. Je l'ai fait pour toi, parce que je ne voulais pas t'abandonner. Contrairement à toi Ange, j'ai encore une once de loyauté. Tu étais mon ami Ange, un très grand ami et si je t'ai laissée me traiter ainsi c'est parce que j'avais le fol, le terrible espoir qu'un jour tu te rendes compte de toute cette mascarade et laisse me enfin t'aider. » Mais je n'ai perdu que trop de temps... ajouta-t-elle pour elle même.
Elle eut une lueur d'hésitation. Elle n'était pas entièrement honnête. Il manquait quelque chose qu'elle n'aurait su définir. Cette chose émanait de lui, découvrit-elle enfin. Azelyne ne le connaissait que trop et il était surprenant qu'il ne l'ait pas déjà fuie. Aussi ajouta-t-elle, sur un ton de défi prononcé : « Quelque soit ta décision Ange, de quitter ou non cette pièce, sache que je n'abandonnerai pas. En souvenir de notre amitié. » Puis elle se tut, le regard collé à ses deux globes bleus enflammés.


[Réponse enfin terminée ! Désolée du retard, mais je suis un peu rouillée O.O J'espère que ça te convient ! ]
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MessageSujet: Re: here comes the rain again (PV Ange)   Mar 1 Jan - 0:09

La main de la jeune Telmarine s'écrasa avec mépris sur ma joue, ne laissant qu'une marque rouge et brûlante sur ma peau. Je restai un instant figé, la tête tournée sous la violence du choc, et me tournai lentement vers elle, un rire s'échappant malgré moi de ma gorge. Et dire que je m'étais reproché de l'avoir frappé, quelques minutes plus tôt ! Certes, l'alcool ne m'avait pas aidé, et ne m'aidait toujours pas, tandis qu'Azelyne était tout à fait consciente de ses gestes. Un instant, elle eut l'air de regretter, mais cette expression fut vite remplacée par des yeux rageurs, prêts à se venger. J'avais touché le point sensible. Enfin, nous allions pouvoir en venir au réel problème ! C'est avec un sourire que j'attendais ses paroles pleines de venin ; mais rapidement, mes lèvres s’affaissèrent, et la colère monta à nouveau, menaçant chacune de mes pensées à se transformer en mots et en gestes tout aussi violents les uns que les autres.

Or, Azelyne ne parlait que de choses qu'elle ne connaissait pas. Elle ne répétait qu'erreurs sur erreurs. Mais à quoi cela servirait de rétablir la vérité ? Je la laissai donc, sans un mot, sans une expression, déverser son flot d'insultes répondant aux miennes. La guerre était déclarée, et les armes employées étaient à présent plus fortes et plus susceptibles de faire mal. A ce moment, je préférais penser à des métaphores idiotes afin de rester calme, histoire de ne pas perdre mon sang-froid et surtout le contrôle de la deuxième âme qui avait pris refuge dans mon corps. L'allusion directe à Rosalie faillit me faire sortir de mes gongs, mais je finis par rejeter la pique qu'Azelyne me lançait, de même lorsqu'elle parla des bordels ou de la volonté de m'éliminer du plateau de cartes, sous-entendant que je n'avais aucune importance. J'attendis qu'elle finisse pour lui répondre, le ton froid mais sans crier :

« Tu ne connais rien de mon rôle ici, Azelyne. Je ne suis nullement ici pour me pavaner, comme tu le dis ; cet endroit est une cage, une prison, rien de plus. Contrairement à ce que tu penses, je ne me prélasse pas ; j'élimine mes ennemis avant qu'ils ne songent à m'éliminer. » Cette dernière phrase servait comme avertissement. Certes, Azelyne ne tenterait jamais de me "rayer de la carte" ; il s'agissait simplement de la prévenir que j'étais rancunier, et que je n'oublierai pas de si tôt ses paroles venimeuses. « Mais tu parles, encore et toujours... Que prétends-tu être ? Une femme au caractère trempé, impénétrable ? Tu n'es qu'une pauvre fille se cachant derrière les jupons de la réelle lady Braunn. Tu portes un masque d'hypocrisie, comme tout le monde ici, et tu fonces droit dans leur jeu de pouvoir. C'est moi qui oublie ceux qui m'ont élevé ? »

J'eus beau parler, je savais qu'Azelyne ne m'écoutait que d'une oreille. Après quelques courts instants de silence, elle reprit la parole, d'une voix plus calme mais lassée. Elle m'expliqua le fond de sa pensée, sans réelle insulte bien qu'elle insinuait beaucoup de choses derrière des mots simples. M'aider ? Il n'y avait rien à faire pour m'aider, je n'avais pas besoin d'aide. Voilà ce qu'elle n'avait pas compris. Pourquoi aurais-je besoin d'aide ? Azelyne, encore une fois, parlait sans savoir, et il était inutile de tout lui expliquer comme à une gamine de dix ans. Alors que je m'apprêtai à répondre, la jeune Telmarine prit une dernière fois la parole, reprenant un ton dur, m'incitant au défi. Doucement mais sûrement, je m'approchai d'elle, avançant pas à pas, tout en me décidant enfin à lui répondre. La tempête s'était calmée, mais seulement en surface. Les courants marins étaient en revanche agités, et menaçaient de détruire chaque obstacle se posant devant eux.

« Oui, je t'ai oublié, j'ai oublié le passé, et j'ai avancé. Ta prétendue aide en laquelle je ne crois pas ne servirait à rien. L'espoir est traître, ne le savais-tu pas ? Je l'ai compris depuis longtemps. » A environ un mètre d'elle, je m'arrêtai, et marquai une brève pause. Je ne réfléchis pas à deux fois, et les paroles qui suivirent m'échappèrent sans que je ne les contrôle. « Mais explique moi pourquoi les femmes que je fréquence et que je paie semblent tant te choquer. Si tu savais le nombre de personnes de ce château que je croise là-bas... » Je m'approchai un peu plus, n'étant alors plus qu'à une dizaine de centimètres d'Azelyne, mes yeux rivés dans les siens. Ces paroles n'étaient pas dues au hasard ; j'insinuais beaucoup de choses, mais peut-être avais-je tord. Il me semblait toutefois que cette insistance sur les filles de joie, ainsi que sur notre amitié passée et sa soit-disant aide, n'était pas anodine, j'en étais persuadé.

Ces paroles ne calmaient pas la tempête cependant, bien au contraire. Cette fois, on aurait dit que j'alimentai le feu qui brûlait entre nous, menaçant de nous consumer... Mais je n'avais jamais été très apte à résister, que ce soit à la tentation ou au danger. « Ose me dire qu'il ne s'agit que d'une histoire de loyauté et d'amitié... » murmurai-je alors. Il ne me fallut que quelques secondes pour que la rancune, la haine, la colère, l'appréhension et la tentation ne se mêlent pour ne former qu'un tout indissociable, indestructible et dangereux. Je ne laissai pas le temps à Azelyne de réfléchir, et cédant alors à cet emmêlement désordonné qui me poussait vers le feu, je plaquai mes lèvres sur celles de la jeune femme. L'instant de surprise passé, je la fis reculer jusqu'au mur derrière elle, juste à côté de la fenêtre, et ne lâchais pas. Mon côté raisonnable me disait d'arrêter cette folie, m'invitant à penser que j'allais sûrement recevoir une nouvelle gifle ; le reste de mon être me hurlait de continuer, et de succomber à la tentation, quelles que soient les conséquences.

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MessageSujet: Re: here comes the rain again (PV Ange)   Jeu 3 Jan - 9:15












“ I won't ease your strain. ”

Dans un clignement éberlué des yeux, Azelyne contempla la silhouette qui la dominait. Qui lui semblait drapée d'un terrible halo bleu, et son visage enfermé dans les obscurs ténèbres de sa chevelure sombre.
Ses paroles s'empêtrèrent, sa phrase s'éternisa dans son gosier. Elle ne put que subir l'assaut furieux de ses vagues empoisonnées où suintaient le mépris. Non. Elle aurait tant voulu qu'il s'arrête, mais le flot était discontinu. Il écrasait tout tel une horde de chevaux sauvages que la guerre et le sang aveuglent, rendent fou. Inapaisable tout comme les souffrances que son violent piétinement ravivait. Il la clouait sur place. Une seule sensation gargouillait dans son corps, animait ses membres soudainement léthargiques. Celles de picotements successifs, qui irritaient sa chair.
Elle avait dédaigné son rire, son sourire. Elle l'avait laissé. Conversation de sourds. Il y avait bien trop d'orgueil. Il la pensait aveuglée par les nouvelles richesses qui s'étaient brutalement offertes à elle... mais il était aussi perdu qu'elle. C'est alors que, dans la sombre cage perchée sur son cou, Azelyne comprit. Ils n'étaient rien d'autre que des étrangers. Par hasard, ils s'étaient rencontrés. L'entrelacement de deux existences pour un temps fugitif, éphémère. Ils n'étaient plus rien, si ce n'étaient deux âmes qui se tournaient le dos, indifférentes et rancunières. « Tu ne sais rien. » siffla-t-elle. « Tu ne sais pas de quoi elle est capable. »

L'oubli. Frère de la facilité, enfermant son porteur dans la solitude. Elle, douce mère, dont les mains chaudes enserraient son cœur, le gelant de toute part, le brisant contre les os immobiles de sa cage thoracique. Elle était seule dans cette vie luxuriante. Elle était le symbole de l'opprobre passée de Ser Braunn, elle était la progéniture putride et méprisée d'un lâche. Et elle décelait dans l'ombre, médusée et incomprise, la menace grandissante que lady Braunn faisait peser sur elle. Parfois la froideur, le rejet évident et la répugnance qui se lisait à travers ses yeux bleus. Ou parfois l'humiliation public, le rappelle de sa condition sociale passée.
Et l'espoir d'être un jour reconnue, d'être un jour admirée avait régi ces dernières années. Mais l'espoir était traître, et Ange avait raison.
Lui aussi était un traître, l'ami jadis humble et aimant se voyait métamorphosé en ivrogne belliqueux et arrogant. Une bouffée de haine altéra les traits de son visage alors qu'elle le voyait se rapprocher. Dans l'austérité de la pièce, comme deux nuages invisibles, leurs souffles s'entremêlèrent lentement. Tantôt glacé, des aiguilles lardant son corps de picotements insupportables. Tantôt une indescriptible caresse qui pansait ses plaies imaginaires. « Il semblerait que tu te contredis toi-même... n'essaie pas de te cacher derrière ces nobles aux demeures fastueuses si toi même te revendique à leur exact opposé... » murmura-t-elle sur le même ton, à mesure qu'il se rapprochait. « Tu étais jadis un homme d'honneur Ange. Mais il semblerait que tu l'ais oublié. » Tout comme nous tous...

Obnubilée par les embrasements successifs de ses yeux bleus, envoûtée par les effluves discrètes de son corps toujours plus proche qui lui parvenaient avec une surprenante mollesse, l'inertie gagna Azelyne. Elle en oublia de répliquer, elle en oublia jusqu'à penser, assiégée de toute part d'un indiscernable flot de sentiments. Comme si sa cage thoracique s'était fendue en deux parties ; toutes deux cloisonnées. Au bord de l'implosion. Opposées en tous points de sentiments contraires. D'un côté, la coagulation de la haine, de la rage, de la rancœur qui s'agitaient au creux de son ventre, lui picotaient les joues tel l'éclair lumineux de la foudre. Et de l'autre, titanesque, indélogeable de son nid sombre, la tentation. L'envie furieux de lui céder, décelant par là même la raison de ce soudain rapprochement.
L'étrange sensation scalpait sa peau, rampait le long de son échine, mélange indistinct de haine et de rage, de tentation inexorable. Et tant de frissons finirent par se confondre en un seul. La voix d'Ange lui paraissait de plus en plus lointaine. « Je ne... »
Mais les lèvres qui se plaquèrent contre les siennes l'empêchèrent de répondre.

Toute forme de lucidité semblait avoir déserté jusqu'au moindre recoin de son corps. Elle sentait encore les relents de la rage s'agiter, se couler lentement jusqu'à son cerveau embrouillé et y annihiler le peu de raison qui y restait encore, cédant. L'ébahissement s'était évaporé, emportant avec lui toute combativité la laissant impuissante face à lui, qui la poussa lentement contre le mur qui se dressait derrière elle.
Elle heurta doucement la surface lisse et froide, dépourvue de tenture somptueuse. Elle n'avait qu'une envie, se fondre dans la pierre. Disparaître dans ce mur et le fuir. Échapper à ce baiser où s'enchevêtraient bien trop de pensées et de sentiments. Mais envers et contre tout, ses mains serpentèrent posément le long de son torse et agrippant machinalement la naissance de son cou, s'empressèrent de le coller un peu plus contre elle. Elle ne pouvait se déloger de la caresse délicieusement létale de ses lèvres, à laquelle elle répondait, avide, s'empiffrant sans fin du parfum de ce corps, dont la proximité la terrifiait. Leurs souffles se fondaient, et les mains d'Azelyne, livrées à elles-mêmes, intensifiaient leur prise.
Chaque parcelle de son corps ne s'agitait plus que pour l'effleurement répété, le tenace scellement de leurs bouches. Plongée dans l'obscurité de ses paupières closes, le sournois sentiment de commettre une terrible erreur s'insinuait peu à peu. Elle le haïssait, méprisait le tout qu'il formait, du loup-garou à l'abject personnage qu'elle étreignait désormais de toute la force de ses bras. Elle aurait du se dérober, fuir, mais le moment lui semblait trop pur pour y mettre un terme. L'air se faisait rare dans ses bronches, ses joues se coloraient d'une légère teinte rouge tant une douce chaleur la traversait de part en part. Les sombres et austères appartements n'étaient plus. Il n'y avait qu'eux, s'embrassant, isolés de tout, sous le seul regard de la lune.

Pom pom. Son cœur battait bien trop vite. Telle une cloche d'alarme qui vrombissait dans sa boîte crânienne. Que faisait-elle ? Enserrant l'homme qu'elle détestait plus que tout ? Ses yeux s'ouvrirent, aussi aveugles que s'ils étaient demeurés fermés tandis que ses lèvres entamaient une valse faiblissante. Elle parvint à se dégager, à mettre fin à leur baiser, sans pour autant desserrer son étreinte, les maintenant ainsi à quelques millimètres l'un de l'autre.
Elle n'aurait su définir ce qu'elle ressentait à l'instant. Trop de choses se bousculaient dans son esprit... mais l'une d'entre elle luttait plus que les autres, l'irrésistible envie de replonger, de céder de nouveau. Mais elle n'en fit rien. Dédaignant les larmes qui étreignaient sa gorge, méprisant son souffle qui peinait à retrouver un rythme normal, et surtout ignorant ses lèvres gonflées par le baiser échangé qui la suppliait de recommencer, Azelyne plongea son regard dans celui d'Ange. Le ciel étincelant, contre les froides émeraudes.
« Ange, je... » mais sa voix mourut dans sa gorge, avalée par sa respiration haletante. « Je suis désolée... je n'aurais pas du. » souffla-t-elle. Mais du plus profond de son âme, elle savait que ce n'était qu'un mensonge. Elle n'était pas peinée, pas le moins du monde.


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Ange Darennor Adam
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MessageSujet: Re: here comes the rain again (PV Ange)   Ven 25 Jan - 23:34

Mes sentiments et mes sensations ne formaient plus qu'un vague mélange indissociable et confus. J'étais incapable de discerner si ce qui me poussait à cet acte tout aussi étrange qu'inattendu était un désir comme un autre, le résultat de notre dispute infernale, ou quelque chose d'autre qui m'était complètement inconnu. A vrai dire, le moment n'était pas à la réflexion. Mes lèvres, d'abord plaquées et immobiles, avaient rapidement débuté une danse avec celles d'Azelyne. Nos corps, étroitement proches, partageaient une même chaleur qui augmentait peu à peu. Je m'étais attendu à être rejeté immédiatement, puni par mon imprudence et mon insolence ; mais Azelyne cédait autant que moi à toutes les limites possibles et imaginables. L'orgueil qui alimentait fièrement nos joutes verbales piquantes s'était évanoui. Et pourtant, tout me paraissait si normal, si naturel, que j'en oubliais presque notre précédente conversation. Il ne s'agissait pas d'un simple baiser, j'en étais convaincu, mais je n'aurais su deviner ce qui se cachait réellement derrière ce brusque revirement de situation.

Je ne pourrais dire combien de temps nous restâmes ainsi, enlacés dans une étreinte solide. Chaque moment était gravé par mes lèvres et mes mains, posées sur son corps qu'elles tâtaient avidement avec toutefois une certaine hésitation. Mes poumons allaient bientôt me crier de m'éloigner, par souci d'air, mais jamais je ne voudrais briser cet enlacement, cette union si peu probable et pourtant si réaliste. Mais alors que je songeai à m'écarter juste un dixième de seconde, le temps de reprendre une respiration correcte, pour replonger avec plus d'envie que jamais sur ses lèvres et son corps, Azelyne en décida autrement. Elle brisa le baiser, restant silencieuse quelques instants. Seul notre souffle haletant et coupé se faisait entendre, témoin de cette embrassade périlleuse et passionnée. La réalité, dure et violente, rappelant notre précédente dispute sans queue ni tête, revint peu à peu. Si nous étions toujours aussi proches, je devinais que ce moment idéal n'allait pas revenir de sitôt.

« Vraiment...? » Ça ne coûtait rien d'essayer. Mes yeux, plongés dans les émeraudes brillantes d'Azelyne, tentaient coûte que coûte de la convaincre, de la persuader, de la charmer, de continuer ce moment si plaisant. Je profitai de la proximité entre nous deux pour repartir à l'assaut de ses lèvres, plus avide que jamais. La technique marcha quelques secondes, et je crus être victorieux un court instant. Mais je sentis un rejet, certes faible, mais présent, de la part de la jeune noble. Je m'écartai et poussai un léger soupir avant de m'éloigner de quelques pas. Il était rare que je me prenne de tels vents - même s'il fallait considérer les filles en question comme des filles de joie prêtes à tout contre de l'argent - et je dois dire que j'étais plutôt énervé sur le coup. Je me tournai lentement vers Azelyne, le regard brillant de colère, semblable aux yeux d'un loup enragé.

« Très bien Azelyne, je ne m'avancerai pas plus. J'ai pensé un bref instant que tout pourrait être oublié, mais comme je le disais...l'espoir est traître. Je pense qu'aujourd'hui était la dernière fois où je tentais une approche avec toi. Maintenant, je vais réellement t'oublier, et je regrette de ne pas l'avoir fait avant. »

Chaque mot était prononcé avec précision, ponctué d'un ton froid et dur. Oui, j'avais perdu du temps à lui parler à chaque fois, en vain. Et aujourd'hui, j'avais laissé ma fierté de côté, j'avais baissé mes barrières, pour finalement me retrouver au fond du trou, rejeté et abandonné. Dorénavant, je me promettais de garder ces barrières bien fermées et imperméables aux doux mots d'une femme telle que Azelyne. Je n'allais plus dépenser d'énergie à l'aborder, et à me battre avec elle jusqu'à ce que les forces nous manquent et que les mots fassent aussi mal qu'une flèche en plein cœur. C'est avec un dernier regard noir et puissant que je m'éloignai à nouveau, prêt à quitter les appartements définitivement, pour ne jamais y revenir. Laisser Azelyne seule. Et rester soi-même seul. A jamais.

Sur le point de franchir la porte qui séparerait la solitude éternelle de l'enfer, je me retournai à moitié, gratifiant la Telmarine d'un dernier regard. Ironique, moqueur. « Tu as raison, je vais retrouver mes filles de joie. Elles, comme leur nom l'indique, arrivent à apporter un minimum de joie dans ce bas monde hypocrite dont tu fais partie, que tu le veuilles ou non. Sur ce, adieu Azelyne. Puisses-tu ouvrir les yeux et apprendre à réfléchir comme tu le devrais. » Sans perdre plus de temps, je quittai enfin la pièce, me retrouvant alors seul dans le vide gris des couloirs. J'entendais le vent hurler en dehors du château, menaçant la ville d'une tempête, comme celle qui logeait dans ma tête. Dans mon cœur.

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i see this life like a swinging vine, swing my heart across the line and my face is flashing signs. seek it out and you shall find. old, but i'm not that old, young, but i'm not that bold. i don't think the world is sold, i'm just doing what we're told. | -damons (tumblr)

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