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 A-glagla-é

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Aglaé L. Foley
Narnienne
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∞ camp : Les gentils ! (ça dépend donc du point de vue)
∞ double-compte : J-C Gareth DuFossé
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MessageSujet: A-glagla-é   Ven 20 Déc - 15:24



Aglaé L. Foley


nom complet ∞ Aglaé Lidwine Foley date et lieu de naissance ∞ le 14 mai 2288 à Anvard en Archenland âge ∞ 20 ans signe particulier ∞ Comme ses parents sont marchands de tissus, Aglaé porte le plus souvent des vêtements plutôt beaux pour quelqu'un du peuple. On peut aussi la voir fréquemment voyageant avec un chariot et un poney teigneux, toujours entre Narnia et Archenland. lieu de résidence actuel ∞ Dans un appartement de la capitale, à Narnia. titre et/ou métier ∞ Vendeuse de tissus et espionne au service des DuFossé. secret ∞ Sa famille, qui a de l'argent, ne l'a pas obtenu très honnêtement car les Foley étaient à l'origine une bande de brigands et de pirates. Ses parents se sont écartés de cette voie pour vivre tranquillement, mais Aglaé et toute sa famille craignent que les gens le sachent car personne ne leur ferait plus confiance et leur commerce ferait faillite. Hortense DuFossé, chef du clan des DuFossé, la mafia des campagnes, est au courant et fait chanter toute la famille en obligeant chacun des membres à effectuer des tâches confidentielles pour son compte. Récemment, on a attribué à Aglaé la responsabilité d'enquêter sur Jean-Charles, petit fils de Hortense, qui a été déclaré mort en prison à Telmar mais dont le corps a disparu. famille ∞ Les Foley descendent d'un clan de brigands et de voleurs qui sévissait sur les Îles autrefois, et encore aujourd'hui mais plus discrètement. Les parents d'Aglaé, Isaac et Betsy, ont coupé les ponts avec eux et se sont installés à Anvard, où ils sont devenus des marchands de tissus respectés, et ont eu deux filles : Aglaé et son aînée de trois ans, Marie-Lys. Ils ont aussi un poney qu'on a confié à Aglaé. groupe ∞ Narniens avatar ∞ Jenna Coleman crédits ∞ Tumblr

Curieuse ∞ Aglaé aime découvrir des choses et partir à l'aventure, elle pose souvent des questions et s'intéresse à tout. Cependant, ce trait de caractère lui joue souvent des tours, car elle peut devenir indiscrète ou trop téméraire, ce qui lui occasionne des situations pénibles. Empathique ∞ Aglaé est très ouverte d'esprit. Elle ne juge pas les gens et se met toujours à leur place avant de tirer des conclusions. Elle fait tout son possible pour aider autrui et fait en sorte de ne jamais faire de mal à quiconque. Secrète ∞  Depuis l'histoire avec les DuFossé, Aglaé s'est éloignée de ses amis et en a perdu certains. Elle n'a parlé à personne de ses problèmes, ne voulant pas que quelqu'un apprenne les origines de sa famille. Elle a une attitude parfois distante avec les autres et ne veut jamais en dire trop sur elle, ce qui fait que les gens ont l'impression qu'elle ne leur fait pas confiance, chose pas forcément très agréable. Indépendante ∞ Aglaé sait se prendre en mains et se débrouiller toute seule. Elle n'a pas éprouvé de difficultés pour s'installer à Narnia ni pour s'occuper de son petit commerce de draps en parallèle avec celui de ses parents. En revanche, Aglaé n'est pas du tout du style organisé ni ponctuel. Soucieuse ∞ Elle a tendance à s'inquiéter beaucoup. Elle est en général assez méfiante et craint toujours que le secret de sa famille soit révélé. C'est aussi quelqu'un de très stressé, et si vous arrivez en retard à un rendez-vous, elle imaginera sûrement le pire. Maligne ∞ Même si elle n'en a pas toujours l'air, Aglaé a de la ressource et est loin d'être une fille stupide. Elle sait comment gérer des situations compliquées et sait accomplir ses petites tâches pour Hortense DuFossé sans se faire remarquer. Menteuse ∞ Même si ça ne lui plaît pas toujours, Aglaé n'hésite jamais à mentir pour se protéger elle ou son entourage. C'est devenu une habitude pour elle, même si cela risque de lui jouer des tours. Morale ∞ Malgré le fait qu'Aglaé soit une menteuse accomplie et soit au service de la grande manitou de la mafia des campagnes, la jeune femme refuse de faire du mal à quiconque. Elle aime venir en aide aux autres car elle sait que la solidarité est quelque chose de très important par les temps qui courent. Elle a déjà décliné des propositions de Hortense qui consistaient à voler des concurrents agriculteurs de la vieille dame pour s'enrichir elle-même, car en tant que fille de commerçants en difficulté, elle sait très bien que l'argent est une chose qui manque et que beaucoup de gens en ont bien plus besoin qu'elle. Néanmoins, même si cela peut paraître hypocrite, Aglaé a déjà soutiré des informations à des personnes pour ensuite les communiquer à Mme DuFossé, ce qui a certainement dû leur causer beaucoup de tort, mais elle évite d'y penser. Très émotive ∞ Aglaé a tendance à se laisser emporter par ses sentiments. Elle a du mal à réfléchir lorsqu'elle est paniquée, bouleversée ou en colère, et fait parfois preuve d'impulsivité. Elle s'émeut facilement et laisse transparaître ses émotions de manière très explicite, ce qui pourrait la trahir lorsqu'elle ment, mais qui heureusement ne lui ai encore jamais arrivé. Imaginative ∞ Aglaé a beaucoup d'imagination, ce qui lui est très utile : autant pour mener à bien ses missions que pour rendre son commerce attractif et faire venir plus de clients. Elle adore aussi se déguiser et refuse d'admettre que ce passe-temps n'est plus de son âge, d'ailleurs il lui est bien utile parfois.
que penses-tu des récents évènements ? ∞ Comme tout le monde, évidemment, Aglaé a été affligée par ce qu'il s'est passé. Néanmoins, elle se considère très chanceuse pour n'avoir perdu aucun être cher durant cette période trouble. C'est à la guerre que son père a eu un bras coupé, ce qui a provoqué le début des soucis financiers pour sa famille. Elle est donc soulagée que ces événements soient derrière, même si le futur ne s'annonce pas forcément très joyeux non plus...
comptes-tu participer aux prochains évènements ? comment ? ∞ Aglaé préfère rester éloignée de toute cette agitation. Elle sait que tout le monde sera plus ou moins touché par les événements à venir, alors autant ne pas chercher à s'attirer davantage d'ennuis.
à qui es-tu fidèle ? pourquoi ? ∞ Aglaé est fidèle à sa famille, qu'elle considère comme la seule valeur sûre à notre époque. Les membres de notre famille sont les seules personnes censées être toujours là pour nous, qui ne doivent jamais nous trahir et avec lesquelles on est sûr d'obtenir du soutien, même si elles ne veulent pas, car, de toute façon, la morale l'oblige.
comment te vois-tu dans dix ans ? ∞ En étant optimiste, Aglaé se voit mariée, avec des enfants, habitant une belle maison et occupant le métier de son choix, sans la contrainte de personne. Mais, à vrai dire, les temps sont si incertains aujourd'hui qu'on ne sait jamais. Elle espère bien quand même qu'elle ou quelqu'un d'autre trouvera une solution pour faire taire Hortense DuFossé et que, de ce fait, sa famille soit enfin en paix.


a new age begins

 
Pour mieux comprendre quelqu'un ou quelque chose, il faut d'abord connaître ses racines. Cette règle concernant donc également Aglaé, nous allons faire un petit retour en arrière...


I - Archipel des Sept-Îles, début du 22e siècle - jusqu'aux environs de 2280



Imaginez, vous, les gens du continent, habiter sur une petite île. Est-ce que vous tiendriez ? Imaginez être coincé sur un petit bout de terre au milieu de l'océan. On peut partir, bien sûr, mais il faut avoir les moyens. Le bateau, ce n'est pas donné, et la mer n'est pas sûre, on peut ne pas arriver à destination. Du coup, tout le monde reste. Et tout le monde finit par se connaître, sur cette île. Tout le monde sait des choses sur la vie de tout le monde. Au bout de quelques années passées là-bas, on connaît l'île dans ses moindres recoins. On pense avoir fait tout ce qu'il y a à faire. A force, cela devient ennuyant. Il faut trouver une nouvelle façon de s'occuper, s'amuser, sortir de l'ordinaire... Mais que faire ? Comment peut-on s'amuser en étant une personne droite et intègre ? C'était impossible.

Il y avait donc quelques décennies de cela, vers le début du siècle, un petit groupe d'amis avait décidé de devenir brigands. Leur chef s'appelait Oswald Foley. C'était lui qui avait proposé aux autres cette idée originale pour se sortir de la monotonie de la vie sur l'île. Certains de ses proches refusèrent, la tranquillité leur plaisait. Soit. Oswald n'était pas rancunier, mais les proches en question furent tout de même les premières victimes de leurs méfaits. Ils se retrouvèrent bien vite sans le sou, parfois sans toit, selon l'irascibilité du chef, tandis que la bande d'Oswald partit se construire un petit lot d'habitations dans des coins plus reculés des îles. Ils prirent goût au vol, et bientôt toute l'île fut ravagée par une « épidémie foudroyante » de larcins. Bien sûr, les soldats de Redhaven, sur l'île de Brenn, voisine à celle-ci, intervinrent au bout d'un certain temps. Mais les brigands étaient devenus si nombreux, car beaucoup de pauvres choisissaient de rejoindre leurs rangs, et les habitants, terrorisés, refusaient de dire du mal de la bande d'Oswald, qu'ils furent incapables de faire quoi que ce soit. Les brigands finirent par faire partie intégrante de l'île, comme il y a des boulangers ou des charcutiers. Seulement, ils finirent par s'ennuyer à nouveau, car il n'y avait plus rien à voler. Les gens d'ici n'étaient déjà pas très riches, presque tous étant paysans, mais si alors plus personne n'avait d'argent à voler, ce n'était plus du tout intéressant.

La bande d'Oswald migra d'abord à Muil, emportant toutes leurs affaires avec eux. Certains restèrent sur leur île d'origine pour surveiller leur sanctuaire et attendre que la population retrouvent un peu d'argent. Muil étant beaucoup plus peuplée, on leur opposa bien plus de résistance : beaucoup d'hommes et de femmes de la bande d'Oswald furent arrêtés et pendus, et les autres ne purent plus vivre avec autant d'aisance et de liberté qu'avant. Ils s'installèrent dans la partie la plus inhospitalière de l'île, où le vent était très rude, et où d'autres encore périrent de maladies. Comme leurs richesses s'amenuisaient, que leur nombre diminuait et que leur fierté en avait pris un sacré coup, les brigands décidèrent de partir pour Brenn, où se trouvait la capitale, et qui promettait donc plus de gens importants et, logiquement, plus de riches.

Oswald mourut peu après leur arrivée, mais laissa derrière lui plusieurs héritiers qui reprirent la tête de la bande. Ils la divisèrent en plusieurs parties, avec un chef pour chacune, et chaque groupe fut placé de part et d'autre de l'île, volant plus « subtilement », ce qui évitait de perdre trop d'hommes et de se faire trop remarquer par les soldats. Ils acquirent à nouveau une richesse importante et les enfants Foley parvinrent à se faire une place parmi les grands de la capitale grâce à leur argent, bien que tout le monde sache de quelle manière pas très nette ils se le procuraient. Dorénavant, on ne disait plus « la bande d'Oswald » mais « la bande Foley ». Ce fut une période prospère pour tous les brigands, et elle dura environ vingt ans, jusqu'aux alentours de 2260. A cette époque, beaucoup s'opposèrent aux Foley et des conflits éclatèrent dans la capitale. Certains furent obligés de se replier vers les campagnes avec leur groupe respectif, tandis que d'autres, plus habiles, parvinrent à se maintenir une position stable. Ils étaient considérés comme des petits nobles, des bourgeois, tandis que les gens qui formaient leur groupe étaient leurs « hommes de main », dont tout le monde en ville se méfiait un peu mais qui étaient très estimés et défendus par les chefs.

Ce fut aussi vers cette période que naquirent Isaac et Betsy. Isaac était un des nombreux petits-fils d'Oswald Foley, et ses parents faisaient partie de ceux qui étaient toujours respectés en ville. Les parents de Betsy, eux, faisaient partie de la bande menée par le père et la mère d'Isaac. Dès qu'elle fut assez grande, Betsy apprit à voler et à agir en bon brigand qui se doit, tandis qu'Isaac fut préservé pour afficher une bonne image de ses parents. Les deux enfants devinrent très vite amis, ayant presque le même âge, et chacun fut un peu jaloux des libertés dont jouissait l'autre : pour Isaac, profiter de la capitale et être instruit et respecté des autres ; pour Betsy, mener une vie aventureuse et ne presque pas subir  d'autorité, pouvoir se comporter comme elle le souhaitait. Trouvant cela injuste, chacun invitait l'un chez lui et vice versa, comme ça il pouvait profiter des mêmes loisirs que l'autre de temps en temps. Enfants, ils trouvèrent cela très amusant, mais plus tard, en grandissant, ils s'aperçurent des tensions qui montaient de chacun des deux côtés. Dans la capitale, certains hommes importants commençaient à se monter contre les Foley, ne pouvant plus supporter les vols perpétrés par les hommes de ceux-ci et qui étaient connus de tous. Et chez les brigands, on s'énervait de l'éloignement des chefs qui perdaient de leur considération pour leurs associés, se plaisant mieux du côté des nobles et oubliant qui leur avait permis de devenir ce qu'ils étaient aujourd'hui. Observant ces événements d'un œil alerte, Isaac et Betsy finirent par s'éloigner de chacun de leur milieu, prédisant des problèmes à venir des deux côtés. Isaac arrêta donc de se mêler aux autres nobles et Betsy cessa de voler. Ils ne se voyaient plus que tous les deux, s'isolaient dans les plaines et restaient le plus à l'écart possible de leurs pairs, redoutant le moment où les tensions éclateraient pour de bon. Ce comportement était vu d'un mauvais œil, mais les parents d'Isaac n'osèrent pas s'interposer car ils savaient pertinemment que le fait qu'ils s'opposent à une relation entre leur fils et une fille de brigands serait la goutte d'eau pour ces derniers. Quant aux brigands, ils n'osaient rien dire non plus comme il s'agissait d'un fils Foley.

Finalement, et on s'y attendait bien, Isaac et Betsy tombèrent amoureux. Ils n'étaient pas des plus discrets et cela ne manqua pas d'être remarqué par la mère d'Isaac qui, cette fois-là, ne manqua pas de donner son point de vue – pas très favorable à leur relation, qu'on se le dise bien. Dépités, ils décidèrent de partir pour aller vivre quelque part où ils seraient enfin tranquilles. De plus, ils ne se sentaient plus du tout en sécurité à Redhaven. Ils laissèrent un mot à leurs parents et emportèrent une belle somme d'argent nécessaire pour démarrer une nouvelle vie plutôt paisible, puis ils partirent au port où ils prirent le premier bateau pour Archenland. Ce fut une sage décision car quelques heures après leur départ, une trentaine de soldats commandée par quelques nobles ennemis des Foley vint arrêter tous les membres de la famille et leurs hommes qui se situaient encore dans la capitale. On avait recueilli toutes les preuves possibles pour prouver que leur argent n'avait pas été acquis honnêtement, ce qui faisait un joli nombre. Les quelques Foley et brigands qui se situaient en dehors ne furent prévenus qu'au dernier moment, juste avant qu'on vienne les chercher aussi, et seuls quelques-uns parvinrent à s'enfuir. Ce qu'il advint des rescapés, on ne le sait pas, mais on imagine qu'ils se sont fait oublier, comme Isaac et Betsy. Quant à ceux qui furent arrêtés, la plupart furent pendus, et les autres croupissent encore dans les cachots de Redhaven.


II - Archenland, Anvard, vers 2283


La traversée se passa sans encombre, néanmoins Isaac et Betsy furent bien contents d'arriver à quais. Les voilà enfin qui arrivaient à Archenland, suffisamment loin de leurs parents pour être totalement libres de leur emprise. Ils n'avaient pas à craindre de les voir débarquer ni de croiser un de leurs sbires ici, car ils devaient bien être les premiers Foley à quitter les Sept-Îles depuis au moins un siècle. Il était curieux quand même de songer que des hommes avaient préféré extérioriser leur frustration de vivre coupés du reste du monde en une colère qu'ils avaient retourné contre toute l'île, plutôt que de partir quand ils l'avaient pu. C'est pour cela que c'est à ses choix qu'il est possible de juger une personne.

Pour l'heure, le jeune couple de fugueurs était totalement insouciant. Comme durant la traversée, ils avaient dû confier à la moitié de l'équipage qu'ils venaient en Archenland pour s'y installer, on les accueillit à terre avec une bonne dose de paperasse. Au moment d'indiquer leurs noms dans le registre, il ne leur effleura même pas l'esprit qu'il pourrait être compromettant de s'appeler comme de célèbres brigands des îles, et que d'ailleurs, si leurs parents les recherchaient, ils n'auraient aucun mal à retrouver leur trace. Mais au damne la prudence ! Ils étaient jeunes, amoureux et idiots, et c'était bien le cadet de leurs soucis. Car s'ils souhaitaient commencer une nouvelle vie, il leur restait encore à se trouver un logis, un travail et une situation. Ils jugèrent que l'endroit le plus opportun pour trouver tout cela était la ville la plus active du pays, c'est-à-dire la capitale, Anvard, qu'ils atteignirent en calèche à la nuit tombée.

Après quelques nuits passées dans une auberge, Isaac et Betsy finirent par trouver le bonheur : une jolie maison de taille moyenne, spacieuse, et située en plein centre-ville. Une si bonne occasion n'aurait pu se présenter sans l'aide d'un voisin, jeune barde en recherche de lui-même, qui avait fait fuir les précédents propriétaires car il faisait du tapage nocturne. Cela ne présentait plus un soucis non plus car le pauvre jeune homme avait tellement forcé sur sa voix qu'il était devenu aphone, et cela deux semaines après le départ de ses voisins. Isaac et Betsy étaient donc arrivés au bon moment. Plein d'enthousiasme, ils s'installèrent rapidement dans leur nouveau logis et se lièrent tout de suite avec leurs nouveaux voisins, tout en omettant de leur parler de la profession de leurs parents. Comme ils savaient que l'argent finirait par manquer, ils se cherchèrent un métier et le trouvèrent assez facilement : il s'avérait que les motifs sur les robes de Betsy faisaient hurler de jalousie toutes leurs voisines, car apparemment la mode des îles avait un charme exotique. Ils s'improvisèrent donc marchands de tissus, utilisant tout l'argent qu'il leur restait pour monter leur entreprise et importer des étoffes des Sept-Îles, puis du reste du monde. Par chance, les clients ne tardèrent pas à affluer et le commerce prospéra. En toute originalité, la boutique fut nommée « De Fil en Aiguille », et elle fut basée au rez-de-chaussée de leur maison. La nouvelle vie d'Isaac et de Betsy partait donc sur une bonne note.

Environ trois mois plus tard, ils se retrouvèrent dans une taverne très fréquentée d'Anvard pour fêter l'anniversaire de l'un de leurs voisins. La soirée s'annonçait tranquille jusqu'à ce que des marchands itinérants ne rentrent à leur tour. A vrai dire, leur présence ne perturba personne hormis Isaac et Betsy, car à leurs vêtements, ils reconnurent tout de suite qu'ils venaient des Sept-Îles. Ayant un peu oublié leur ancienne vie tant les choses étaient allées vite, ils ne s'étaient plus fait de soucis pour leurs parents depuis un moment, et s'aperçurent qu'il était assez surprenant de ne pas encore avoir eu de nouvelles d'eux. Ils étaient donc avides de renseignements sur leur île, et comme les Foley étaient assez connus là-bas, ils entendraient certainement au moins parler des parents d'Isaac. Ce fut le cas. Atterrés, ils les entendirent parler des émeutes qui avaient eu lieu à Redhaven quelques mois plus tôt, c'est-à-dire juste après leur départ, et qui opposaient les opposants des Foley à leurs alliés, bien moins nombreux. La victoire avait été écrasante. On avait jeté « toute cette vermine de voleurs » aux cachots, les chefs et les voleurs les plus « prolifiques » avaient été exécutés. Points positifs : c'était désormais un endroit très calme, et le commerce y était plus sûr. Pratiquement persuadés que leurs parents faisaient partie de ceux qui avaient été tués, Isaac et Betsy firent tout leur possible pour cacher leur désarroi et rentrèrent chez eux au plus tôt.

Pendant les jours qui suivirent, ils réfléchirent à si oui ou non ils devraient retourner sur Brenn pour voir ce qui était arrivé à leur famille. Ils conclurent que c'était impossible, car on les reconnaîtrait tout de suite, rien qu'à leur nom, et ils étaient aussi effrayés par la rancune que les leurs pouvaient avoir contre eux, qui avaient réussi à fuir. Ils étaient rongés par le doute, et ils se demandaient aussi s'ils avaient lu leur lettre, et quelle aurait bien pu être leur réponse. Ils ne le surent jamais. Ce qui les effrayait, aussi, c'est qu'on vienne un jour les arrêter parce qu'on avait fait le lien entre eux et les autres Foley, mais ce ne fut heureusement pas le cas. Pendant longtemps, ils firent leur possible pour ne pas avoir l'air de personnes qui viennent de perdre leur famille, ce qui aurait éveillé la curiosité des voisins, et menèrent une petite vie tranquille. Comme le temps est la seule chose qui arrive à apaiser des blessures pareilles, leur douleur finit par s'effacer peu à peu au fil des mois. Pour achever de se convaincre qu'ils allaient bien, ils se marièrent, un an après leur arrivée. Et en 2285 naquit leur première fille, Marie-Lys, rejointe trois ans plus tard, le 14 mai 2288 pour être exacte, par sa petite sœur Aglaé. Ces naissances leur firent le plus grand bien car ils sentaient qu'ils rebâtissaient une famille après qu'elle se soit effondrée.

L'enfance des petites Foley se passa au mieux. Elles reçurent une éducation bonne et complète et ne manquèrent jamais de rien, leurs parents étant toujours là pour elles. Marie-Lys et Aglaé apprirent à lire, écrire et compter, mais aussi à se débrouiller toute seule et à aider leurs parents à la boutique. A vrai dire, c'était surtout Marie-Lys qui donnait un coup de main, étant la plus grand, et puis Aglaé avait d'autres préoccupations. Enchantée par toutes les étoffes à sa disposition, elle les utilisait à sa guise – ou du moins dès que ses parents avaient le dos tourné – pour s'en faire des déguisements, que ce soit de reine, de tarkheena, sorcière, chevalier, troubadour, espionne... Elle aidait ensuite à sa manière en allant pavaner dans les rues avec son costume, faisant un sacré coup de publicité à « De Fil en Aiguille » même si cela ne plaisait guère à ses parents.

Les sœurs Foley furent toujours très proches, malgré d'énormes différences entre elles. Elles se protégeaient toujours l'une l'autre et accomplissaient presque tout ensemble. Seulement, comme elles ne se ressemblaient pas du tout, leurs amis non plus, ce qui les éloigna un peu. Aglaé jugeait les copines de Marie-Lys sans aucun bon sens, car elles lui avaient un jour demandé d'un ton moqueur pourquoi elle se déguisait en reine plutôt qu'en princesse. N'avaient-elles jamais entendu parler de hiérarchie des pouvoirs ? Cela consternait Aglaé. De son côté, elle avait quelques amis qui, comme elle, avaient beaucoup d'imagination. Ils repérèrent un jour une vieille femme à l'allure singulière qui venait en ville tous les jeudis et repartait à chaque fois avec des quantités impressionnantes d'achat. Elle avait un regard sévère, un sourire carnassier et portait un chapeau très effrayant orné de plumes de corbeau. Elle repartait toujours par une petite route difficile d'accès car très cahoteuse et plutôt étroite, et qui menait à des kilomètres de champs désolés où seules des vaches et des moutons pouvaient survivre. Les enfants en conclurent que cette dame devait habiter dans un manoir isolé où elle nourrissait un ogre avec tout ce qu'elle ramenait de la ville et que, bientôt, elle prévoyait de l'envoyer dévorer tous les habitants d'Anvard, y compris la famille royale, pour qu'elle puisse devenir reine. Décidés à sauver la ville et être acclamés en héros, les enfants préparèrent un plan d'attaque pour éradiquer la menace du monstre. Il leur faudrait d'abord un éclaireur qui se rendrait sur les lieux pour trouver l'ogre et faire un rapport détaillé aux autres, afin qu'ils établissent un plan d'attaque. Comme elle jugeait que son déguisement d'espionne était idéal pour cette mission, Aglaé se porta volontaire.

Le jeudi suivant, vêtue d'une tunique à capuche noire qu'elle avait baissé sur son visage, ce qui n'était pas du tout discret car il faisait beau et que ce n'est pas le genre de vêtements qu'ont coutume de porter les filles de sept ans, Aglaé se glissa dans le chariot de la vieille dame et se dissimula dans un gros sac sur lequel il était inscrit « Patates » et où elle trouva toute la place qui lui fallait, laissant une petite ouverture vers le haut pour pouvoir respirer. Peut-être la vieille dame était-elle très distraite ou alors Aglaé eut beaucoup de chance, mais son intrusion passa inaperçu. Pendant au moins quatre heures, Aglaé resta enfermée, ce qui fut très pénible mais qu'elle parvint à surmonter grâce à la volonté de mener à bien sa mission. Elle finit par s'endormir, et quand elle se réveilla, elle se trouvait dans ce qui ressemblait à un grenier, entourée d'autres sacs de provisions. Elle ne tarda pas à être découverte, effrayée par des grondements surhumains qui venaient de l'étage inférieur et qui la firent éclater en sanglots. On la mena à la maîtresse de maison, c'est-à-dire la vieille dame, devant laquelle elle dut trouver une justification à son infiltration dans son grenier. Ce fut pour elle l'occasion de voir que ce n'était pas un ogre qui avait poussé ces grondements si effrayants mais un petit garçon roux à l'air aussi féroce qu'un grizzli, certainement le petit-fils de la dame, et elle conclut que toute la nourriture devait aussi lui être destinée. Le mystère était résolu. La vieille dame ne chercha pas longtemps à obtenir des explications car Aglaé ne cessait de pleurer, ce qui faisait brailler encore plus fort le petit garçon, et elle s'empressa de la ramener chez elle. Elles atteignirent la maison d'Aglaé en début de soirée et furent accueillies par tout les voisins, qui la cherchaient partout depuis deux heures. Isaac et Betsy accueillirent avec soulagement leur fille et la vieille dame et offrirent à cette dernière quelques mètres de leur plus beau tissu pour la remercier. Celle-ci leur dit que ce n'était rien, puis, avant de s'en aller, leur demanda quel était leur nom. « Foley » dit-on,  et son expression changea : elle eut un petit rictus suffisant, comme si une idée lui était venue à l'esprit. Elle leur répondit simplement qu'elle s'appelait Hortense DuFossé puis s'en alla. Dès que tous les voisins eurent été remerciés, Aglaé fut sermonnée par son père et sa mère et dut leur raconter la vérité, qu'elle était soulagée de ne pas avoir eu à avouer à la dame.

Les remontrances de ses parents furent bien vite oubliés le lendemain, lorsque ses amis la portèrent en héroïne et grande survivante de la maison de l'ogre. Elle leur expliqua quand même que ce n'était pas un monstre qu'elle avait trouvé mais un petit garçon très brailleur, mais ses amis ne faiblirent pas : c'était un bébé ogre. Et comme elle leur avait révélé le nom de la pauvre dame par mégarde, la rumeur que les DuFossé étaient des ogres se répandit comme une traînée de poudre chez les enfants de la capitale. Voilà comment naquit la légende qui ferait respecter Jean-Charles DuFossé par ses pairs quelques années plus tard.

Le jeudi d'après, alors que l'incident semblait avoir été oublié, les Foley virent réapparaître dans leur magasin le chapeau à plumes de corbeau de Mme DuFossé. Aglaé craignit qu'elle ait entendu parler de l'histoire des ogres et veuille régler des comptes, mais apparemment ce sujet lui était étranger. Elle demanda à ce qu'on ferme momentanément la boutique ; sa requête surprit et inquiéta Isaac et Betsy mais ils s'exécutèrent. La vieille femme leur expliqua qu'elle avait passé quelques mois sur les Sept-Îles quelques années auparavant, chez de la famille – à ce passage, les parents des filles pâlirent instantanément, troublant Marie-Lys et Aglaé qui n'étaient pas très au courant de leurs origines. Sa famille connaissait bien les Foley, et elle avait souvent eu affaire avec eux lors de son séjour, mais avait été lavée de tout soupçon lors de leur arrestation car ses cousins comptaient parmi leurs fervents opposants. Elle avait été suffisamment proche d'eux pour savoir, juste avant qu'on ne les arrête, que leurs enfants avaient disparu. Elle ne les connaissait pas, étant bien plus âgée qu'eux, mais connaissait leur nom. Et c'était maintenant, comme le hasard fait bien les choses, environ quinze ans après les faits, qu'elle retrouvait ces enfants en fuite ! Betsy et Isaac avaient l'air aussi choqués l'un que l'autre, et même prêts à pleurer. Mme DuFossé ne se laissa pas attendrir ; au contraire, elle prit un air des plus sérieux...

Elle avait conscience que les deux petites filles les écoutaient et n'avaient aucune idée de ce qui arrivait mais ne s'en souciait guère. Voilà ce qu'elle leur dit : ce n'était pas qu'elle avait mauvais fond, mais elle avait pas mal de problèmes qui avaient besoin d'être réglés ces temps-ci, comme beaucoup de concurrents à sa ferme qui s'en sortaient trop bien à son goût, et des gens à qui elle devait peut-être un peu de sous – mais alors vraiment pas beaucoup – qui le lui réclamaient redevance. Si les Foley acceptaient de l'aider à gérer ces quelques désagréments, elle ne révélerait pas leur petit secret, qui risquerait de faire tache à leur réputation : « des enfants de brigands, ce n'est pas terrible pour le commerce », c'est vrai. Elle pourrait même, s'ils le souhaitaient, chercher à obtenir des informations pour eux sur leurs parents, car elle ne savait pas non plus ce qui était advenu d'eux, étant partie juste après leur arrestation pour éviter les émeutes à Redhaven. Isaac et Betsy s'isolèrent quelques instants : le cœur serré par l'inquiétude pour leur papa et leur maman, les filles les entendirent discuter nerveusement et crurent même percevoir des sanglots. Ils finirent par revenir, l'air grave, et acceptèrent. Hortense sourit, leur promit qu'ils ne le regretteraient pas et quitta le domicile en prévenant de son retour le lendemain. Le début des ennuis commençait pour les Foley.

La période qui s'en suivit ne fut pas très heureuse. Comme promis, Hortense revint le lendemain et leur confia une longue liste de choses à faire. Aglaé n'eut pas le droit de la voir, et Marie-Lys non plus d'ailleurs, leurs parents jugeant que ce n'était pas de leur âge. Ils parurent atterrés par ce qu'ils avaient lu. Aglaé comprenait que c'était grave, car leur père et leur mère leur avaient raconté l'histoire de leur famille la veille, comme ils y étaient bien obligés. Elle avait saisi l'importance de ne répéter à personne ce qu'elle avait entendu et ne révéla rien à ses amis, ce qui ne leur plut beaucoup car ils avaient perçu un changement en elle. Elle et sa sœur aidèrent bien plus que d'habitude leurs parents à la boutique, à partir de cette date : il arrivait souvent que l'un d'eux doive s'absenter au matin pour s'occuper des affaires d'Hortense et ne revienne que le soir, épuisé. Les voisins constatèrent aussi ce changement opéré dans la petite famille : personne ne voulut rien dire, et beaucoup furent vexés. Aglaé se sentit coupable de la contrariété de ses parents car c'était bien elle qui avait fait se croiser la route de sa famille avec celle de Hortense DuFossé. Sa sœur était du même avis et le faisait ressentir froidement de temps à autre, mais la plupart du temps, elle se taisait. Ses parents, eux, ne lui dirent rien, mais leur accablement la touchait beaucoup. Aglaé commença à se renfermer sur elle-même et continua à éviter le sujet avec ses amis, qui continuèrent de l'aimer mais, n'appréciant pas ses secrets et son visible manque de confiance en eux, finirent par s'éloigner un peu. Elle ne redevint jamais aussi proche d'eux qu'elle l'avait été autrefois, et il était bien loin le temps où on la portait en héroïne pour avoir survécu à l'ogre DuFossé.

Au fil des ans, la situation resta la même. Dès que Isaac et Betsy finissaient d'accomplir une liste de besognes pour Hortense DuFossé, elle leur en rajoutait une couche, et ça n'en finissait pas. Les fermes concurrentes à celle de Hortense commencèrent à subir des vols les unes après les autres. Grâce à l'expérience de Betsy, ni elle ni son mari ne furent jamais suspectés, mais ils étaient loin d'être fiers. Le butin finissait toujours par réapparaître au moment où les fermiers demandaient de l'aide à Mme DuFossé contre de l'argent, ce qui ne tarda pas à nourrir des soupçons, mais la vieille souveraine de la mafia des campagnes savait comment les faire taire. Leurs parents se retrouvèrent tellement fatigués que Marie-Lys, maintenant âgée de 14 ans, se mit à les aider. Aucun d'eux ne raconta à Aglaé ce qu'ils faisaient, mais elle crut comprendre que Marie-Lys n'eut jamais à voler. Hortense, qui malgré tout avait encore un peu d'humanité, refusait de gâcher l'avenir des jeunes filles et lui donnait des tâches moins compromettantes à faire. Elle proposa d'aider à trouver de bons maris aux filles ; celles-ci déclinèrent l'offre. Elles acceptèrent quand même une proposition qui visait à utiliser les relations d'Hortense pour, par exemple, trouver plus facilement du travail par-ci par-là.

Malgré ce qu'on pouvait en penser, Hortense tenait parole et elle leur apporta, comme promis, des nouvelles de leurs parents. Les nouvelles n'étaient pas vraiment bonnes, en fait, mais cette fois-ci ce n'était pas elle qui était à blâmer. Elle avait demandé à sa famille de Brenn de lui donner toutes les informations qu'ils pourraient, et elle avait appris que le père d'Isaac avait été pendu le lendemain de son arrestation, tandis que sa mère était morte de maladie en prison, il y a dix ans. Quant aux parents de Betsy, ils étaient introuvables : ils avaient réussi à s'enfuir, mais on n'avait jamais retrouvé la moindre de trace du bateau qui les avait emmenés eux, et d'autres brigands en fuite, alors on supposait qu'il avait fait naufrage. Cela ne les réconforta pas vraiment, mais ils étaient au moins soulagés de ne plus vivre dans le doute. Isaac promit qu'il irait leur rendre hommage, quand il aurait le temps, un jour.

Les tâches données par Hortense finirent par devenir une vraie routine. Isaac et Betsy s'habituèrent à la fatigue constante. Marie-Lys ne justifiait même plus ses absences répétées devant ses amies, celles-ci en ayant pris l'habitude et s'étant fait à l'idée de ne jamais avoir de réponse. Quant à Aglaé, elle continuait de travailler dans la boutique et mentait continuellement à ses amis : c'était devenu une habitude pour elle. Ils s'entendaient toujours, mais on voyait que c'était une relation un peu fausse, comme c'est toujours le cas quand la confiance manque. Ils riaient ensemble mais ne s'avouaient jamais rien, ou du moins on ne confiait rien à Aglaé : si elle ne disait rien sur elle, ils ne diraient rien sur eux. Comprenant que ses demandes faisaient quand même souffrir une famille, Hortense leur apporta régulièrement des cadeaux de remerciement, tels que des rideaux neufs, un joli vase... C'étaient de maigres consolation, mais cela convenait aux Foley.

Quant elle fut elle-même assez grande, Aglaé commença à son tour à faire de petits travaux pour Hortense. Comme il avait été le cas pour sa sœur, elle n'avait à faire de quoi se salir les mains. La vieille DuFossé avait compris qu'Aglaé aimait les déguisements : elle l'envoya souvent enquêter sur des personnes en les suivant dans des tavernes, s'invitant à leur conversation, etc... Mine de rien, cela lui plaisait bien, c'était une occupation très intéressante. Aglaé avait toujours été curieuse et adorait écouter les petites histoires d'autrui. De plus, elle avait le goût du risque, et cette impression d'être une vraie espionne la ravissait. Elle se gardait d'en parler à sa famille : elle se doutait qu'ils s'énerveraient contre elle, comme elle était déjà la raison de leurs ennuis. Elle ne pouvait pas non plus en parler à ses amis. Elle se sentait très seule, à vrai dire. Et peut-être que discuter avec ces gens, auxquels elle ne parlerait qu'une fois, mais avec lesquels elle avait une vraie conversation, lui faisait du bien. Elle se prit d'affection pour ces pauvres bougres qui, d'une façon ou d'une autre, s'étaient attirés les foudres de Hortense DuFossé. En discutant avec eux, elle ne les avait jamais trouvé méchants, juste parfois un peu idiots, et surtout, surtout, ils avaient des problèmes, eux aussi. Elle faisait toujours son possible pour leur donner des conseils, et, en même temps, essayer de les éloigner d'Hortense en leur faisant comprendre qu'ils risquaient gros. Elle ne révélait donc pas d'informations sur eux mais les écartait du chemin de la vieille femme, ce qui suffisait amplement à cette dernière.

Avec le temps arrivèrent les tensions politiques. D'abord, l'importation de tissus des Sept-Îles se stoppa, les voies maritimes étant trop dangereuses pour le commerce, alors que ces marchandises représentaient une grande partie de leurs ventes. On ne reçut plus à la boutique des étoffes venues de Narnia, allié d'Archenland. En plus de leurs travaux habituels, tous les membres de la famille durent se mettre à broder. Ils n'eurent pas trop de peine comme les filles avaient appris la couture avec des femmes du voisinage, et Isaac, très adroit, s'en sortait très bien aussi. Mais quand la guerre se présenta, Isaac, comme chaque homme, alla rejoindre les rangs des soldats pour accomplir son devoir. Il eut de la chance et revint indemne de nombreuses batailles, mais pas de la dernière, en automne 2305, où il perdit son bras droit. Ce fut un peu le comble pour les Foley. Il fut incapable de faire le moindre travail, que ce soit pour la boutique ou pour Mme DuFossé, pendant un long moment où il resta alité. Il tomba malade et on crut bien qu'il allait mourir, mais Hortense fit venir un médecin compétent. Isaac était cependant incapable de continuer à broder, ce qui baissait nettement leur productivité, car ce n'était pas le point fort de Betsy et les filles étaient moins rapides que leur père. En plus survint l'occupation telmarine, qui fut un peu le pompom. Betsy semblait prête à devenir folle. Les Foley reçurent l'aide de voisins très serviables qu'ils remerciaient en leur partageant leur dîner.

Le chiffre d'affaires de « De Fil en Aiguille » baissa très rapidement, malgré l'aide des bons voisins. Se rendant compte qu'elle avait quand même causé beaucoup de torts à la famille et que, par sa faute, les filles n'avaient pas eu l'occasion de faire ce qu'elles voulaient, Hortense se sentit redevable. Elle ne cessa pas de leur demander des services - elle avait encore besoin d'eux, mais elle leur apporta régulièrement de l'or et des provisions en cachette, craignant qu'il ne soit confisqué par les Telmarins autrement. Quand l'occupation cessa, l'année suivante, elle attendit de voir si la situation s'améliorait – ce ne fut pas vraiment le cas – pour agir. Elle avait entendu parler des talents de cuisinière de Marie-Lys et l'avait recommandé auprès d'amis, ce qui lui permettait de gagner un peu d'argent en plus et l'éloignait du stress de la maison. Elle fit pression sur toutes ses relations pour qu'ils aillent jeter un œil à la boutique ; les clients se firent bien plus nombreux d'un coup et la situation s'améliora progressivement.

Aglaé grandit aussi. Elle continuait de glaner des informations sur les concurrents d'Hortense et passait beaucoup de temps avec son père, qui avait besoin de beaucoup d'affection depuis la perte de son bras. Elle ne voyait presque plus ses amis mais ceux-ci se montrèrent plus indulgents qu'à l'accoutumée car nombre d'entre eux connaissaient quelqu'un de plus ou moins proche qui avait été blessé ou tué à la guerre. Ils se soutenaient tous mutuellement, et elle ne se sentait plus mal à l'aise avec eux comme elle l'avait été il y a un certain temps. Ils finirent tous par se séparer : ayant grandi, certains allaient travailler ailleurs. Seule Aglaé demeura toujours au même endroit et cela lui fit un peu de peine ; elle espérait qu'elle ne serait pas toujours coincée à « De Fil en Aiguille » pour aider ses parents.

La situation entre les pays s'étant un peu arrangée, un bal fut organisé à Anvard à l'automne suivant. Comme presque toutes les filles, Aglaé s'y rendit, accompagnée de sa sœur et de l'amoureux de celle-ci, qu'elle avait rencontré en faisant la cuisine. Le début de soirée se passa plutôt bien, jusqu'à l'entrée fracassante du dragon. Dès qu'ils eurent compris ce qui arrivait, tous trois se mirent à couvert et ne furent heureusement pas blessés. Mais ce ne fut pas le cas de tout le monde, et il y eut même certaines personnes à être capturées, comme même la reine Susan. Jean-Charles DuFossé, l'ogre lui-même, fut aussi enlevé. Cela chamboula beaucoup Aglaé, choquée que quelqu'un qu'elle connaissait, même très peu, mais qui lui soit en quelque sorte lié, soit enlevé comme ça alors qu'il n'avait rien à voir avec les affaires d’État, tout comme la plupart des autres pauvres gens qui avaient subi le même sort. En retournant à la hâte chez elle avec ses compagnons, Aglaé aperçut Hortense DuFossé qui, au milieu de la foule affolée, semblait accablée : elle aussi avait assisté à l'enlèvement de son petit-fils.

La vieille dame ne leur fit plus de demandes pendant un moment, et elle ne les contacta pas pour quoi que ce soit non plus d'ailleurs. Cette attaque avait jeté un grand froid sur Anvard, les gens n'étaient plus les mêmes, ils avaient peur. Les clients n'étaient plus aussi souriants quand ils passaient à « De Fil en Aiguille ». Comme tout autre traumatisme important, il passerait avec le temps. Les gens finiraient par s'en remettre, son père le lui avait dit. Ça avait été la même chose pour lui quand il avait appris pour ses parents, ou quand il avait perdu son bras. Les gens finissent par vivre avec leur malheur, ils s'y font, cela devient une partie d'eux-mêmes. Et Aglaé vit effectivement le rétablissement moral des Archenlandais s'effectuer avec lenteur. Hortense les recontacta au même moment que les rues reprenaient à peu près vie, l'air plus déterminé que jamais. Elle avait besoin qu'on fasse quelque chose de très important pour elle, et c'était à Aglaé que reviendrait cette mission.


III - Narnia, mai-juin 2308


Peu de temps après la visite de Hortense, Aglaé fit ses valises. La vieille dame lui avait prêté un chariot en assez bon état, couvert d'une bâche résistante au froid et à l'eau et où elle aurait de la place pour dormir si besoin. Elle lui fit cadeau d'un poney très robuste pour tirer le chariot, sinon ça ne servait à rien : il avait été baptisé Navet, et c'était la créature la plus teigneuse qui soit. L'animal, doté d'un poil roux et de petits yeux fourbes, avait donné un violent coup de tête à Aglaé alors qu'elle avait voulu le caresser et avait tenté de la mordre à maintes reprises. Il avait maintenant arrêté d'essayer de l'assassiner à chaque fois qu'il la voyait, mais aimait bien accélérer tout à coup lorsqu'elle conduisait le chariot pour lui faire des frayeurs, ou aussi lui créer des problèmes en attaquant les gens à sa portée.
Enfin, le poney n'était pas le plus important. Aglaé avait aménagé son chariot de façon à ce qu'il soit joli, avait écrit en lettres peintes et bien visibles « De Fil en Aiguille – votre marchand d'étoffes à Anvard – Annexe mobile », puis avait chargé une bonne quantité de tissus du magasin à l'intérieur,  sans oublier non plus ses affaires, de quoi se nourrir, boire et s'éclairer, ainsi qu'une bonne couverture, un oreiller et des livres.

Non, Hortense n'avait pas donné pour mission à Aglaé de faire un tour du monde en 80 jours avec le strict minimum pour vivre, et son but premier n'était pas non plus de lui faire gagner un peu plus d'argent à Isaac et Betsy en étendant les ventes du magasin par-delà les frontières. En fait, c'était bien plus intéressant que ça, et Aglaé avait vraiment hâte de partir. Hortense DuFossé l'avait chargé d'enquêter sur son petit-fils, Jean-Charles, qui avait été déclaré mort en captivité, ce qu'elle jugeait impossible car il avait une santé de fer et des réserves de graisse pour au moins deux ans. Elle avait d'ailleurs entendu dire qu'un gaillard roux qui ressemblait fortement à Jean-Charles errait à Narnia, mais elle n'avait jamais réussi à le retrouver. Elle avait donc chargé à Aglaé d'aller faire son enquête là-bas pour lui ramener son petit-fils en bonne santé, et lui avait proposé d'emmener en même temps une annexe mobile du magasin pour gagner de l'argent, bien qu'elle lui en fournirait aussi. Elle s'était débrouillée pour faire disparaître les habitants d'un bon appartement du centre-ville de la capitale de Narnia, et avait joué de ses relations pour réserver un enclos très sécurisé dans une écurie pour qu'Aglaé puisse y mettre Navet, ainsi qu'un hangar où ranger son chariot quand elle n'en aurait pas besoin.

Aglaé avait embrassé tout le monde et était partie, le cœur à l'aventure, plus que ravie de cette situation. Elle allait faire tout son possible pour Mme DuFossé, mais elle comptait bien en profiter aussi. Elle allait enfin pouvoir changer de son quotidien et prendre un nouveau départ, peut-être se faire de nouveaux amis... L'installation, d'ailleurs, se passa à merveille. Les appartements autour du sien étaient habités par des gens un peu bizarres parfois, mais gentils, et cela lui convenait très bien. Son commerce marchait plutôt bien, et elle avançait très lentement dans ses recherches de Jean-Charles, mais plusieurs clients lui avaient déjà indiqué avoir vu un bonhomme roux convenant à la description faite par Mme DuFossé. Aglaé était très optimiste.

Aujourd'hui, vous pouvez facilement la croiser flânant en ville, aussi bien à Narnia qu'à Anvard, ou alors sur la route entre les deux capitales avec son chariot. Attention à la morsure et aux coups de sabots du poney, d'ailleurs, on vous aura prévenu...

prénom/pseudo ∞ Lila âge ∞ 187 mois Coolcomment as-tu découvert le forum ∞ Je m'y étais inscrite il y a longtemps, et j'étais partie pour manque de motivation et de temps... Mais je ne pouvais pas vivre sans :(Non, franchement, le forum m'a beaucoup manqué et je suis contente d'être revenue. des remarques, des impressions ∞ c'est BEAUTIFUL vraiment, bravo Very Happyle code du règlement ∞ Validé le code du contexte & intrigue ∞ Validé mot de la fin ∞ Je crois que c'est encore fichu pour qu'il neige à Noël cette année u_u
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Amanda Lynn
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MessageSujet: Re: A-glagla-é   Ven 20 Déc - 18:31

Aglaaaaaaaaé *-*
Tu m'avais trop manqué Sad

Bon retour alors sur le forum et bon courage pour ta fiche *-* :uu:
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Yoren Eshbaan
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I'm watching over you.

MessageSujet: Re: A-glagla-é   Ven 20 Déc - 20:47

Rebienvenue alors What a Face

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Spoiler:
 
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Braethan Melendir
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MessageSujet: Re: A-glagla-é   Sam 21 Déc - 9:54

Ma choupineeeeeette Very Happy Very Happy I love you
Ce perso a l'air super en tout cas, j'ai juste trop hâte de voir l'histoire  Smack 

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Caspian X
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MessageSujet: Re: A-glagla-é   Sam 21 Déc - 22:16

Re-bienvenue jeune demoiselle alors ! Very Happy

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Aglaé L. Foley
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MessageSujet: Re: A-glagla-é   Sam 28 Déc - 16:06

Merci beaucoup tout le monde, vous êtes trop gentils *-*  Câlin Je vous aime *-* Et je vais essayer de me dépêcher pour finir Very Happy

EDIT : J'ai terminé ! Very Happy Je suis désolée c'est assez long Laughing Et il est fort possible qu'il y ait des incohérences et des erreurs, surtout vers la fin, j'étais assez fatiguée on va dire Laughing Bonne lecture Very Happy

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Vitani Eshbaan
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MessageSujet: Re: A-glagla-é   Sam 28 Déc - 19:16

Alors O_O J'ai enfin fini ma lecture Arrow

Donc je te valide évidemment ma biche, bon retour parmi nous et que ta mission soit menée à bien ! :DJ'ai beaucoup rit et j'adore vraiment ton histoire, ton style s'est encore amélioré en plus, je me demande ce que ce sera dans cinq ans OMG xD

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Aglaé L. Foley
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MessageSujet: Re: A-glagla-é   Sam 28 Déc - 19:31

Merci beaucoup ma marmotte Very Happy Câlin Ça me fait vraiment super plaisir, tu es trop mignonne *-* Dans 5 ans j'écrirai des poèmes sur toi *-* Merci encore en tout cas, j'ai hâte de rp cheers

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Vitani Eshbaan
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MessageSujet: Re: A-glagla-é   Sam 28 Déc - 19:52

Oh tu es un amour I love you et j'irais te demander un lien avec Vitani à la première occasion Cool (ou même avec Edwin vu qu'il était archenlandais xD) et bons futurs rp Very Happy

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MessageSujet: Re: A-glagla-é   

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A-glagla-é

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